Montrer que la plume est plus forte que l’épée. Vérité dérisoire face aux évènements, mais nécessaire, car avant d’ agir, il faut penser. Loin des réactions hâtives et des appels à la radicalisation, rappelons comment se nourrit l’extrémisme : d’une escalade de la terreur. Bien agir, c’est agir dans le long terme, c’est préférer édifier plutôt que détruire, et comprendre plutôt qu’ annihiler. De là, construire l’ avenir, c’est donner les moyens à l’éducation, c’est intervenir avec et non contre les populations ; humaniste avant tout, l’ action politique, c’est aussi compatir aux victimes, aux innocents de tous bords.
Louis Barchon

Je crois au journalisme, encore plus dans ces moments-là. S’il est difficile de bien informer, il est nécessaire de bien informer. Raconter, c’est montrer le réel tel qu’il est, sans caches ni indécences. Expliquer, c’est permettre de comprendre, sans excuser, ni juger. C’est dur, très dur, de le faire rapidement, sans pervertir les faits, sans déformer la réalité. Mais plus que jamais, je crois en un journalisme de qualité. Je l’ ai vu, ce journalisme sobre et décent, dans le week-end des 14 et 15 novembre, et je crois en être fier, de ce journalisme à la française.
Ulysse Bellier

Les attentats du 13 novembre impliquent des changements majeurs pour notre société : au-delà des lourdes conséquences politiques, une précarisation. À présent, nous vivons avec cette pensée : « ç’ aurait pu être moi, ça pourrait être moi ». Ces attentats sont radicalement nouveaux, parce qu’ils touchent des lieux d’insouciance, intimes. Cette intimité est désormais envahie, bien qu’implicitement, par l’idée de la mort. À nous de nous demander comment vivre avec cette pensée sans entrer dans une spirale de violence.
Romane Le Roux

La définition du pluralisme est : « société s’étant mis d’ accord sur le fait d’exprimer des opinions divergentes ». Les terroristes pensent avoir réussi leur coup : faire parler d’eux, faire en sorte que Libé et Le Figaro leur consacrent autant de pages. En clair : détruire le pluralisme par la réalisation d’un consensus soudain entre deux journaux d’opinions opposées. Les terroristes veulent instaurer une vision bipolaire du monde : eux d’un côté, l’Occident de l’ autre. S’il te plaît Libé, s’il te plaît Le Figaro, ne tombez pas dans leur piège : continuez à défendre nos valeurs communes, mais surtout continuez à défendre votre identité journalistique.
Théo Dachary

Une différence avec les attentats de janvier : Pray for Paris, Pray for Humanity, Be United, Not Afraid, commémorations partout mais commémorations distinctes. Une certaine gêne aussi, à vouloir chercher les mots qui nous paraissent justes, mais par là même se démarquer. Manque de respect pour les victimes ? Division regrettable ? C’est bien là tout le défi : rester unis mais oui, tout en cherchant à comprendre pour contrer, dès le début et non trop tard, analyser pour, justement, ne pas finir le travail qu’ils ont commencé.
Margot Belguise

C’est le quotidien d’une France jeune qui a été visé, un quotidien fait de terrasses de cafés, de restaurants, de concerts et de flâneries. Spontanément, décider de se prendre un demi. Spontanément, se prendre une demie rafale. « Ne sortez pas de chez vous », disaient les panneaux d’ affichage municipaux, « ne sortez plus de chez vous », nous signifiaient les tireurs. N’obéissons pas aux fanatiques : sortons, dansons, chantons maintenant.
Cassandre Begous

Si l’on acceptait notre manque de compréhension ? L’État s’évertue à riposter sans comprendre que la nature de la « guerre » a changé, est inédite. Réticence idéologique d’ abord, amalgame avec l’islam, mais aussi paradigme civilisationnel et manque d’ attention envers les stratégies et visées à long terme de Daech, occultent les bonnes questions. Entre le 07/01 et le 13/11, c’est la même riposte, même réaction européano-centrée, même solidarité internet avec # à foison, photos de profil, mêmes témoignages des politiques, mêmes émotions, horreur et valeurs revendiquées. De nouvelles grilles de lecture et moyens d’action sont à invoquer.
Anne-Louise Nègre

Cette guerre non plus n’ aura pas lieu. Ou si elle advient, ce sera par écrans interposés. Comme la guerre du Golfe, elle sera manipulation et dissuasion – celle de l’information qui fait notre réalité. Un hiatus entre discours et réalité s’est créé : il n’y pas de choses, mais des faits, et ces faits sont des narrations. Simplement, elles sont économicisées : la logique médiatique est avant tout une logique de marché (il y a la demande et il y a l’offre des faits) ; si personne ne s’y soustrait, voilà à quoi ressemblera notre réalité. Quand bien même nous serions en guerre, nous serions pris entre deux fronts. Alors, il ne reste qu’ à s’ arroger une place sur ce champ d’institution de la réalité ; retourner à la source, sortir de l’ attrait ; là où l’information est liquide, retourner à l’ austère solidité des faits.
Maud Barret Bertelloni

Il n’est plus temps de chercher le dysfonctionnement sécuritaire, la faille existera toujours. Il nous faut saisir quelles sont les causes structurelles de la menace et lutter de façon pragmatique. Identifier nos ennemis, ceux qui sont à la source de la prospérité du terrorisme. Accepter les négociations avec des États essentiels à la stabilité du Moyen-Orient. Ne pas recourir au droit d’ingérence : qui sommes-nous pour déterminer ce qui est le Mal ?
Arnaud Miranda

L’horreur nous donne chair et donne chair à l’ autre. L’horreur nous déshabille. Et nous nous tenons là, hagards , ébahis de découvrir ceux qui sont nos pairs, quand autrefois l’idée de communauté nous faisait doucement sourire. L’horreur nous rappelle qui sont ces êtres, dont notre petite individualité pensait se passer, l’horreur révèle le beau, l’horreur révèle le laid, l’horreur nous met face, brutalement, à l’homme.
Juliette Jourde