Depuis la chute des idoles et des fétiches, l’homme cherche sa voie dans un monde dont il se retrouve, bon gré mal gré, gardien et maître. Si plus personne ne donne la loi, il nous appartient de la faire. À première vue, le programme est réjouissant : nous voilà enfin libérés de ces dieux qui nous écrasent et nous humilient. Le chat parti, les souris dansent. Plus jamais nous n’aurons à nous regarder dans le miroir divin pour y voir notre cuisante imperfection. Dans le nouveau monde à venir, peut-être pourrons-nous enfin être des âmes sans défauts ? La réalité s’avère moins réjouissante. Les souris dansent, mais savent-elles régler les conditions de leur association ? Sur quel critère fonder la nouvelle loi humaine ? Comment construire une véritable autonomie ? Car c’est bien cela que nous promet la modernité, un monde à notre mesure, construit de nos propres mains. En d’autres termes, l’autonomie est le rêve démiurgique d’ une Création humaine. Notre beau programme vacille : si les hommes ont inventé les dieux, n’ était-ce pas parce qu’ ils en avaient besoin pour habiter le monde ? L’homme peut-il seulement s’ élever au rang d’ un dieu-artisan ? Plus nous avançons dans le monde désenchanté, plus notre belle promesse d’ autonomie se voit renvoyée dans le lointain, vers un horizon de plus en plus incertain. Nos démocraties, qui promettaient tant, s’avèrent impuissantes. L’égalité, cette belle idée, a en réalité la figure de la méfiance réciproque et d’une profonde dépendance envers nos pairs. Où est passée notre belle autonomie, son assurance et sa force ? Une question lancinante se pose alors : que faire ? Si l’autonomie n’est qu’une des multiples facettes de l’hybris humain et si les dieux sont morts, que nous reste-t-il à accomplir ? Le monde perd son sens, et nous ne semblons parvenir à lui en donner un nouveau. Dans l’indifférence générale, tout contenu substantiel s’effrite dans nos mains, et nos vagues créations ressemblent de plus en plus aux rêves fantomatiques d’un fou errant, les yeux perdus dans un ailleurs, plongé dans un soliloque captivant. Que faire ?

 Romane Le Roux