En France, RUE est aussi un sigle, celui de Responsable d’Unité Educative. Plongez avez Laurine Chassagne dans l’univers méconnu de la protection judiciaire de la jeunesse.

PJJ

« Il est […] temps d’en finir avec un système qui ne fonctionne pas. C’est pourquoi je propose de fixer désormais la majorité pénale à 16 ans. » écrivait en pleine campagne présidentielle François Fillon. Omnubilé par son versant répressif et sa sévérité, avec ces mots François Fillon passait sous silence, comme la majorité des commentateurs, le versant éducatif de la justice des mineur·e·s, la PJJ, et ses réussites. La Protection Judiciaire de la Jeunesse prend en charge les mineur·e·s placé·e·s sous-main de justice, relevant de mesures civiles (parce qu’ils/elles ont été victimes de violence), et, pour la plupart, de mesures pénales (parce qu’ils/elles ont par exemples été auteurs/trices de violences). Dans cette optique, cet article se fonde sur quatre mois de terrain dans les services de la Protection Judiciaire de la Jeunesse. Il retrace le travail de ses professionnel·le·s comme les RUE, les Responsables d’Unité Éducative qui encadrent une équipe d’une dizaine de professionnel·le·s spécialisé·e·s dans un des trois piliers des actions de la PJJ. Au-delà des préjugés, comment la PJJ s’occupe-t-elle de jeunes, comment les sort-elle de la rue ?

Le milieu ouvert, premier pilier, consiste essentiellement en des rendez-vous entre les mineur·e·s, les familles, les éducateurs/trices, les psychologues et les différents travailleurs sociaux ou médicaux. Ces rendez-vous ont pour but de mettre en œuvre la mesure punitive, de faire un « travail sur l’acte », mais aussi d’éviter la récidive, de veiller au respect du contrôle judiciaire et d’évaluer la stabilité de la situation sociale, familiale, scolaire ou de santé de chaque jeune pris.e en charge. Le placement, deuxième axe, intervient lorsque la famille n’est pas ou plus capable d’instaurer un cadre et peut s’effectuer en foyer, en Centre Educatif Fermé, en famille d’accueil, voire à domicile. Enfin, l’insertion, propose des activités scolaires, professionnelles, culturelles ou sportives à travers différents modules, comme des restaurants d’application où les jeunes sont formé·e·s aux métiers de la restauration. Dans le pilier insertion, les Services Territoriaux Educatifs d’Insertion mettent par exemple en place des dispositifs de « remobilisation scolaire », des ateliers, ou encore la passation de l’Attestation de Sécurité Routière. En se promenant dans ces services, on peut voir des travaux de gravures ou de mosaïque affichés aux murs, ou encore entendre l’enregistrement d’un morceau de rap dans un studio de musique.

Placés au ban de l’éducation nationale, la PJJ permet à ces jeunes d’aller « à l’école »

Une partie des jeunes pris en charge dans ces dispositifs sont des Mineur·e·s Non- Accompagné·e·s, des mineur·e·s étrangers/ères présents sur le territoire français, seuls, sans membres de leur famille,  confié·e·s à la PJJ par convention avec l’Aide Sociale à l’Enfance. Ils/Elles sont aussi appelé·e·s « FLE », pour « Français Langue Etrangère », la discipline que leur enseignent les professionnel·le·s de la PJJ.  Lorsque l’Education Nationale ne veut plus de ces jeunes qui ont décroché ou qui ont plus de 16 ans ou ne se bat pas pour les intégrer dans le corps de l’école, un dispositif d’insertion peut prendre le relais. La PJJ leur offre d’aller « à l’école ». Les mineur·e·s pris·e·s en charge s’approprient la forme et le cadre scolaire de ces établissement. Ils/Elles demandent par exemple plus de devoirs et moins de pauses lors d’une « réunion jeune » permettant aux mineur·e·s pris en charge d’exprimer leurs avis concernant l’encadrement. Mais cette forme scolaire également un passage nécessaire permettant leur insertion professionnelle. Cette insertion se définit par exemple par la mise en stage de mécanique, en contrat d’alternance de vente ou en encore en emploi comme serveuse, ou par une insertion dans le droit commun avec des voies dites professionnelles de formation comme des Centre de Formation d’Apprentis ou de recherche d’emploi.

L’accompagnement mis en place par la PJJ a une portée éducative

Pour permettre cette insertion, il s’agit de « s’occuper des jeunes plutôt qu’ils soient dans la rue » affirme une professionnelle de la PJJ, mais non d’occuper ces jeunes. « L’occupationnel », c’est faire une activité avec un ou plusieurs jeunes, sans avoir pensé un but et des moyens éducatifs permettant de donner de la consistance à l’activité. Les termes « occupations » et « occupationnel », reviennent à associer le travail des professionnel·le·s à une garderie dont le seul but serait d’occuper les jeunes. Cette vision sous-estime le sérieux et le professionnalisme des prises en charge par la PJJ, alors même que les jeunes pris·e·s en charge par les établissements d’insertion peuvent faire l’objet d’une mesure d’activité de jour, c’est-à-dire d’une obligation d’activité (comme une personne active occupant un emploi) prononcée par le/la juge des enfants. Face à l’occupationnel, le terme « éducatif » repose sur la mise en place d’activités auxquelles les jeunes doivent participer, de façon active, et avec un suivi de la part des professionnel·le·s. La mise en œuvre de l’éducatif, c’est par exemple le « faire avec » des professionnel·le·s avec les jeunes : partager des activités organisées (cours d’art, visionnage de films ou documentaires accompagnés de débats, séances de sport, exercices de grammaire…), mais aussi des activités informelles comme préparer son repas dans la cuisine à midi ou échanger au cours de la pause café. Une éducatrice va alors participer au cours de football donné par une professeure de sport avec les jeunes autant qu’une professeure peut discuter avec un mineur lors d’une pause entre deux leçons de mathématiques. Finalement, l’accompagnement est éducatif, ce n’est ni une simple occupation désintéressée, ni une succession de cours magistraux.

La prise en charge à la PJJ repose alors sur un investissement éducatif des professionnel·le·s dans toutes les dimensions de la vie des jeunes au sein des dispositifs. Il prend racine dans le préambule de l’ordonnance du 2 février 1945 relative à l’enfance délinquante créant l’ancêtre de la PJJ : « La France n’est pas assez riche d’enfants pour qu’elle ait le droit de négliger tout ce qui peut en faire des êtres sains… ». De fait, sortir ces mineur·e·s de la rue, et les faire entrer dans des dispositifs visant à les insérer dans une formation ou une activité professionnelle, ce n’est pas uniquement leur donner une occupation, c’est leur donner un tremplin pour construire leur avenir.