Ils sont partout. À toutes les échelles. Qu’on s’en inspire, qu’on les copie, ou qu’au contraire, on les rejette, on en est toujours flanqué. Parce qu’ils sont consubstantiels à nos prismes d’analyse et à nos prises de décision, on finit par croire leur omniprésence naturelle. Pourtant, les figures de culte, les agencements politiques, le plan dialectique et toute autre forme de modèle, n’ont pas à être appréhendés comme des structures imposantes à partir desquelles on ne peut que ré-agir. Au contraire ! Le modèle est avant tout une projection consensuelle, qui tend à ériger en parangon un objet dont l’exemplarité ne lui est pas intrinsèque. Les cinq dernières années l’ont rappelé en introduisant au cœur de l’ actualité française le modèle familial PME, dont on a dévoilé une origine construite par des conjonctures culturelles. Qu’en avons-nous retenu ? Qu’un modèle n’existe pas par nature, qu’il dépend d’une approche phénoménologique des faits et du contenu de nos vies, laquelle unit le sujet et son environnement par les significations et les intentions qu’il lui donne. L’étymologie latine, modusmanière, mode ») est sans équivoque : le modèle n’ est qu’ une image construite dont l’efficience est éphémère. Le 17 mai 2013 l’a prouvé. Remémorons-nous la parole conclusive pialatienne de L’Amour existe : « La main de gloire qui ordonne dirige, elle peut aussi implorer. Un simple changement d’ angle suffit. » Il n’ y a qu’ un pas à faire pour dépasser le rapport vertical au modèle. En abordant chacun des modèles environnants par des analyses inédites, sous des angles réfléchis et non plus emprunts d’émotion, on peut se libérer de la triple aliénation : inspiration, copie, rejet. C’est ce chemin vers une résolution du modèle par sa domination que La Gazelle vous invite à emprunter ce mois-ci, avec entre autres, une analyse légiste du « crédit social » chinois, une politique de communication américaine passée au crible, ou encore, avec un passage du roman national au détecteur de mensonge.

Victoire Barbin Perron