Interview de Etienne de Mesmay
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Etienne de Mesmay, né en Franche Comté en 1927, a été ordonné prêtre à Paris en 1954. Depuis, il exerce le sacerdoce et aide à la formation des séminaristes. Passionné de saint Paul, il occupe l’Église Saint-Séverin depuis dix-sept ans.

On entend les athées comme certains croyants dire que la « religion devrait s’arrêter à la porte de la chambre à coucher ».
Elle
n’aurait pas de droit d’influencer la sphère intime du croyant. Que pensez-vous d’une telle expression ?

Pour ma part, je suis assez d’accord. D’une certaine façon, la religion n’a aucun droit de regard sur ou dans cette « chambre à coucher ». Ce n’est pas là son rôle. Vous y êtes comme vous voulez, seul ou avec autrui. Mais sans elle.

Le catholicisme n’interfère-t-il pas dans la vie intime du croyant ?

Le catholicisme est engagé dans la vie intime du croyant, mais il n’interfère pas dans sa vie : il ne fait qu’essayer de lui communiquer des choses, de lui faire des suggestions, de l’inviter à réfléchir. Aimer est un acte libre, je ne peux donc pas vous conditionner pour que vous aimiez tel individu, ou telle pratique. Dieu lui-même ne peut pas le faire. Reste que, parce que nous sommes tous appelés à la sainteté, et que nous ne pouvons pas le faire tout seul, des coups de pouce, et autres interventions divines sont bienvenus dans notre vie intime. L’intervention la plus importante est la miséricorde, laquelle détache les fautes qui collent à la peau du croyant.  

Dans la Bible, on trouve toute une batterie d’interdits et de prescriptions, dont certaines tristement célèbres sur l’homosexualité ou encore sur la soumission des femmes. Quel crédit le croyant doit-il porter à ces textes ?

La parole de Dieu est respectable : il est certain que Dieu est à même de connaître un certain nombre de choses que nous, simples mortels, ne pouvons pas connaître. Et puis, à mon avis, Dieu est plutôt bienveillant.

Dire que l’homosexualité est une abomination, ce n’est pas très bienveillant. Que faut-il faire de cette parole ?

Cela dépend de ce qu’on appelle « homosexualité ». Qu’un garçon aime bien un autre garçon ne me scandalise pas du tout. Par contre, qu’on ne vienne pas m’expliquer et tenter de me convaincre que l’homosexualité est un penchant naturel. En notre XXIe siècle, l’homosexualité se répand largement, non pas parce que les gens naissent homosexuels, mais parce qu’on leur propose quand ils sont petits de faire, sans limites, joujou avec leur zizi. Ce n’est pas étonnant qu’ils le deviennent : une fois qu’on y a touché, c’est irréversible. Ce n’est pas très heureux qu’avec de telles moeurs, la société contemporaine crée de fortes tendances homosexuelles. Cela étant dit, je ne méprise nullement les personnes qui se revendiquent homosexuelles : je crois que Jésus est né pour eux, mort pour eux, et ressuscité pour eux de la même façon qu’il l’a fait pour un hétérosexuel, pour vous et pour moi.

Peut-on donc dire que la Bible a raison de le condamner ?

De condamner, non. Mais la Bible a raison de poser des questions et de donner des clés pour essayer de vivre en aimant vraiment, et en se libérant. Je ne suis personnellement pas particulièrement scandalisé par le comportement des homosexuels. Cela dépend de ce qu’ils mettent « là-dedans », pourquoi ils vivent, ce qu’ils font… Après tout, ce sont eux qui le vivent.

Quel rapport y a-t-il entre l’amour de Dieu et les relations intimes ?

Le rapport principal est qu’il s’agit d’aimer, voilà tout, d’aimer vraiment. Si vous êtes capable d’aimer quelqu’un, de l’aimer totalement, entièrement, si vous êtes capable de tout faire pour rendre l’autre heureux, la relation sexuelle va certainement suivre cette ligne de conduite. C’est une chose tout à fait merveilleuse, à condition d’avoir une idée un petit peu honorable de l’être humain. Une personne humaine, ce n’est pas n’importe quoi, et la traiter comme un objet s’avère toujours provoquer des catastrophes.

Pour revenir aux Écritures, quels passages devrions-nous donc garder ?

Je garde toute la Bible ! Je garde la Bible tout entière. On a pris l’habitude d’associer toute parole divine à des commandements. Il s’agit de suivre les commandements qui sont inspirés par une relation d’amour. Dieu ne peut pas nous forcer à aimer, mais il peut peut-être nous empêcher de faire des bêtises. Qu’est-ce qui commande le monde aujourd’hui ? Le sexe, le fric et le pouvoir ! Si vous rejoignez ce trio, vous rejoignez la mentalité européenne du XXIe siècle. Dieu, lui, apporte autre chose !

Que pensez-vous de la place de l’Église dans les débats politiques et de société ?

Si l’on aime son prochain, on ne peut pas être indifférent à son sort. Dans la société du XXIe siècle, l’individualisme est le facteur dominant par excellence. On pense : « ils peuvent tous crever, ça m’est égal tant que moi, je vis ». La religion apporte à l’être humain une responsabilité individuelle. Lui associer une responsabilité politique est délicate, car cela reviendrait à prendre des décisions arbitraires en direction du bien commun. Cependant, il ne faut pas non plus circonscrire la religion à quelques préceptes moraux, ou la limiter à quelques rites. Ne me méprenez pas : les rites ont une certaine importance et vous ne me ferez jamais renier les sacrements, car il se passe quelque chose quand on les célèbre. Mais l’Église ne saurait se limiter au cadeau que Dieu offre durant ces sacrements.

Propos recueillis par Cassandre Begous