La délégation parisienne arrive au collège des Jésuites © Thibaud Klein

La délégation parisienne arrive au collège des Jésuites © Thibaud Klein

Sarcasme bien-pensant comme j’ai aimé le faire dans mes articles précédents ou éloge éloquent de ma pérégrination ? En proie à un dilemme cornélien, je compte sur Carmen de Bizet qui résonne dans mes oreilles pour réussir à en découdre et à vous raconter dans quelles circonstances je me suis retrouvée à prendre le train avec Frédéric Mion, directeur de Sciences Po Paris.

Le programme de Sciences Po 2022 coincé sous un bras, le dernier article du Monde sur M. Casanova dans une main, la dernière qui vérifie fébrilement si mon billet de train n’a pas disparu lors des cinq dernières minutes, je longe le TGV en partance pour la gare de Champagne-Ardenne d’un pas qui se veut léger. Mario Ranieri Martinotti, directeur de la Gazelle, et Thibaud Klein, directeur artistique, (des titres ronflants me diriez-vous ?) à mes côtés, je m’installe dans un fauteuil dont la profondeur insondable est un secret bien gardé par la SNCF, prête à aller assister à la première rentrée de la promotion Europe-Afrique sur le campus de Reims. Réalisant alors que je ne pourrai échapper à la traverser du wagon afin d’aller saluer M. Mion et ses collaborateurs, je sens une soudaine timidité m’envahir. En file indienne, j’essaye alors de me faire la plus discrète possible, derrière mes acolytes qui progressent résolument vers des costumes à l’agitation joyeuse. La chaleur que nous témoignent M. Mion et sa caravane me rassure quelque peu, réalisant alors que je ne finirai pas abandonnée dans la gare de Champagne-Ardenne et dévorée par des grues cendrées (vous remarquerez que je me suis documentée sur la région).

14h35, arrivée en gare. C’est alors Nathalie Jacquet, directrice du campus de Reims, qui accueille la délégation parisienne que nous nous empressons de suivre, des voitures ayant été dépêchées. Je suis au regret d’avertir dès à présent que nos lecteurs parisiens espérant une exaltation de parisiano-centrisme risquent d’être déçus. Le collège des jésuites réhabilité par Sciences Po n’a en effet rien à envier au 27, rue Saint-Guillaume. Péniche, grandes baies vitrées, jardin respirant la quiétude, salles de travail spacieuses, rien ne manque lorsqu’un étudiant américain nous fait visiter. Mon âme de sorbonnarde en histoire a même bien failli me persuader de rester à Reims lorsque nous avons découvert une bibliothèque dont Harry Potter lui-même aurait été jaloux.

Qui dit rentrée solennelle, dit myriades de discours. Entre deux plaisanteries sur le champagne du conseiller départemental de la Marne, j’en profite pour scruter la nouvelle promotion ; ses visages curieux lorsque Frédéric Mion nous fait lever en tant que « journal parisien » (je vous le conçois, c’est plutôt le sol que j’ai scruté à ce moment précis), ses regards attentifs qui sont fonction décroissante du nombre de paroles prononcées, les frémissements d’une étudiante qui relit frénétiquement son discours dénonçant la situation des réfugiées aux portes de l’Europe.  Une fois notre mission de petits Poucets remplie grâce à des Gazelles semées derrière nous, dont une glissée à l’invité du jour, le réalisateur Abderrahmane Sissako et une dédicacée à Bénédicte Durand, notre doyenne, nous voilà repartis, affûtant nos couteaux pour l’interview que M. Mion nous a accordée lors du retour en train. N’attendez rien de violent, rien de sanglant : je ne peux sortir les dents quand M. Mion a la délicatesse de se rappeler nos prénoms prononcés quelques heures plus tôt : vous aurez beau me rétorquer que c’est tout l’art du politique, mon nunchaku – l’exotisme, c’est toujours vendeur – flambant neuf est déjà rangé. Ce sont donc des réponses certes bien huilées mais qui ne laissent de côté aucune question que nous vous livrons.

Chloé de La Barre