La religion n’est pas qu’apparence, elle est conviction intime. « Quand tu pries, entre dans ta chambre, ferme ta porte, et prie ton Père qui est là dans le lieu secret; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra. », peut-on lire dans l’Évangile selon saint Matthieu. La religion est avant tout ce en quoi l’on croit, quel que soit le lieu où l’on se trouve. Elle se prolonge dans cet espace si intime qu’est la chambre à coucher, où nos actions ne peuvent être jugées que par Dieu. Ainsi, la façon dont on appréhende la religion dans l’intimité, loin des conventions sociales et du regard des autres, fait partie intégrante de la vie de foi.

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Dessin de Véronique Roubertie

La religion semble regorger d’interdits concernant l’intimité, comme le rejet de la contraception, et d’obligations, comme l’abstinence avant le mariage. On dira que sont des principes du siècle dernier. Mais si l’on veut vivre sa foi, ne doit-on pas plutôt être authentique sur toute la ligne et tenter de comprendre le message de l’Église ? L’authenticité est une d’adéquation entre nos actes et nos paroles. Se dire chrétien, c’est agir conformément aux enseignements de l’Église, qui n’ont aucun caractère arbitraire dans la mesure où ils se veulent universels. Quand on croit, on n’a pas plusieurs vies : une vie spirituelle, une vie affective, une vie professionnelle, une vie amicale. On en a une seule, unique, qu’on vit selon sa religion, dans toutes ses dimensions. L’unité de vie est avant tout une qualité humaine : c’est l’unité entre pensées, parole et action. Elle se fait de l’intérieur vers l’extérieur, du principe vers l’agir, et non l’inverse. Être chrétien, c’est croire que Dieu a un projet pour tout homme, jusqu’à son intimité. Certes, la religion pose des règles de vie. Mais c’est parce que Dieu nous aime et qu’il est le Créateur qu’il agit comme un père envers nous. Il souhaite l’épanouissement de chacun, le bonheur de ses enfants. Il offre à l’homme des règles de vie pour qu’il puisse accomplir le projet divin que Dieu a fait pour lui. Pratiquer sa religion en toute authenticité sous-entend donc qu’elle n’est pas abandonnée à l’entrée de la chambre à coucher et revêtue à la sortie. « L’amour est de Dieu et quiconque aime est né de Dieu et connaît Dieu » (Première épître de Jean). Dieu, pour les chrétiens, est à l’origine de la capacité d’aimer. C’est de ce constat que naît la réflexion chrétienne sur la sexualité, l’amour conjugal, la famille. Elle incite à l’amour, à la pudeur, au respect de l’autre et à la chasteté. Comme Mathieu l’explique dans son Évangile, « La personne chaste maintient l’intégrité des forces de vie et d’amour déposées en elle. Cette intégrité assure l’unité de la personne ». L’Église voudrait donc, en protégeant l’amour, protéger l’individu et sa liberté. Une personne ne peut pas faire de plus grand cadeau à l’autre qu’en lui faisant le don d’elle-même. « Je t’aime », cela signifie : Je ne veux que toi, totalement, et pour toujours. On ne peut donc pas dire « je t’aime » que pour un temps, ou à l’essai, ni simplement par son corps.

Les relations avant le mariage comportent deux réserves non conciliables avec l’amour : l’option exit, et la peur d’attendre un enfant. C’est parce que l’amour est si sacré, unique, que l’Église prie les jeunes d’attendre jusqu’au mariage pour se donner à l’autre. Entre les partenaires d’un soir bien arrosé et les flirts de quelques mois, l’amour est devenu éphémère et pluriel. On teste, on casse, on reprend… En somme, on essaie l’amour. Il est vrai que c’est en essayant qu’on apprend. Alors pourquoi ne pas essayer l’amour ? C’est parce que l’amour, pour être véritable et offrir aux amants tout ce qu’il a à apporter, doit être un engagement libre, volontaire et total. En ce sens, on ne peut essayer de s’engager vraiment, précisément car cela demande que l’on investisse toute sa personne dans la relation. C’est pourquoi l’Église veut révéler à ses fidèles la beauté de l’Amour, celui que notre temps semble avoir oublié. C’est par l’attente, la réflexion, la découverte de l’autre que le chrétien se prépare à s’offrir pleinement. Séparer amour et sexualité en ne cherchant que la satisfaction de son plaisir, c’est détruire le sens de l’union sexuelle. Cette union charnelle est la plus belle expression d’un amour qui se donne. En ne prenant pas au sérieux le langage de son corps, on finit par nuire à son âme. La sexualité se dégrade en moyen de plaisir où l’autre n’est considéré que comme un objet. Ainsi, ce n’est que dans l’engagement d’un amour pour la vie que la sexualité se vit dans un bonheur qui dure.

Rozenn Audinet