D’abord, regardons le monde au télescope. Aux fondements de la société, la guerre est partout. Sans d’autre fin qu’elle-même. Les hommes fusionnent dans la guerre, trouvant en elle le moyen d’exprimer leur violence. Descendons maintenant dans les rues de Paris. La paix y règne, l’ordre semble parfait, l’histoire s’est accomplie. Rien ne déborde, rien ne manque, mais les hommes tournent furieusement en rond. En guerre ou en paix, nous remuons comme des vêtements dans le tambour d’une machine à laver.

La guerre et la paix s’entremêlent. Il n’y a que déplacement des luttes dans le temps et l’espace. Les antagonismes sourds, qui travaillent l’homme comme la société, sans cesse menacent d’exploser. Sous la paix mondiale se cache la guerre universelle. Et réciproquement. Ni en paix, ni en guerre, nous sommes, depuis longtemps terrorisés, sur le qui-vive permanent. L’économie, la politique, l’écologie n’existent que pour soigner les blessés d’une crise venue ou à venir. L’état d’urgence n’est qu’un décor ajouté dans notre époque de chambre d’hôpital.

Mais la maladie n’est rien qu’un simulacre d’horizon. La fourmi, creusant, éberluée, dans une boîte de limaille sans cesse secouée, tente de trouver une issue dans ce remue-ménage. Traitant les problèmes dans l’ordre, La Gazelle s’est interrogée ce mois-ci sur le sujet acide que le présent nous dicte. Tous nos efforts ont tendu vers la compréhension de la réalité unique que les deux termes de guerre et paix recouvrent. Ainsi, notre dossier se concentre-t-il sur le conflit israélo-palestinien, qui cristallise le sentiment d’une vie où la paix véritable comme la guerre totale ne reviendront jamais. Nous y montrons la construction de l’identité nationale dans le miroir tendu par l’ennemi. Nous y décryptons les images mensongères comme les vérités tues que la situation charrie. La réflexion se prolonge ailleurs sur l’impossibilité d’échapper à la guerre, et à la paix, son négatif, qu’elles soient intérieures, civiles ou internationales. Les mots, pacifiques ou martiaux, nous bloquent dans des murs de béton que nous peinons encore à faire sauter. Dans l’éternel retour de la guerre pacifique et de la paix guerrière, c’est la violence qui nous compose et qui nous rend vivants. La libérer, moralement et corporellement, comme nous y appellent certains rédacteurs, est primordial pour devancer la guerre et échapper à sa fatalité. Faute d’avoir la paix, battons la guerre sur son terrain pour sortir de l’Histoire, cauchemar dont on ne saurait se réveiller.

Faute de se réveiller, La Gazelle se renouvelle ! Ce mois-ci, une nouvelle équipe a tenté sa chance à la tête du journal. Dans les mois qui vont suivre, nombre de membres de la rédaction s’envoleront vers d’autres champs de bataille. Ceux qui prendront, si la paix le désire, la relève ont dirigé les rubriques et la rédaction. Ils ont travaillé à vous fournir un numéro truffé d’articles écrits par des plumes neuves ou plus familières. Ainsi, puissiez-vous trouver, en ces temps troubles, un peu de repos à lire La Gazelle. Car l’ardeur créatrice, vie excessive et jaillissante, réclame aussi la paix pour exprimer enfin toutes ses potentialités.