EN politique, les concepts sont malades de la peste. Un symptôme, la révolution. Depuis ce fameux livre, chacun a bien compris que la notion est dévoyée. Mais comment fonctionne ce dévoiement ? Revenons en 1996, le 24 février. Au forum de Davos, une bande d’oligarques et de hauts fonctionnaires russes en guerre marquent une trêve pour la réélection de Boris Eltsine, face aux communistes qui ont le vent en poupe. Il faut à tout prix les vaincre. Que faire ? « Nous possédons les télévisions et les radios, se disent-ils, nous contrôlons l’œil et l’oreille, et l’argent surtout. » Comment donc, en six mois, les coalisés ont-ils fait gonfler 5% d’intention de vote en une bulle de 54% ? Une méthode, le bombardement. L’idée était de rendre Eltsine le plus visible possible, de bombarder le son d’Eltsine et l’image d’Eltsine dans le plus grand nombre d’oreilles et d’yeux, à fréquence maximale, peu importe le contenu de ce son et de cette image, passant outre toutes les absurdités et toutes les brusqueries d’Eltsine. Bombarder, bombarder les masses au plus haut degré pour leur saturer l’esprit, bombarder pour faire élire. L’idée fut révolutionnaire. Comme la guerre, comme le capitalisme, elle est exportable. Il suffit de l’adapter à la démocratie ciblée. En témoigne D. Trump, candidat non sans or, élu grâce à tout son bruit et toute son image. En témoignera demain E. Macron. Avec lui, tout sonne faux, chacun le sait bien. Chacun sait bien qu’il est le poulain des Attali et des Jouyet, qu’il est un pantin d’Argent, que ses discours sont vides, ses idées creuses, que nul et non avenu est son programme et son parti, un Deus ex Machina. Gardez seulement en mémoire la recette : une belle ganache, un costume bleu, trois mots de discours (disons consensus, travail et progrès, comme un tweet), et de l’argent. De l’argent pour rallier des apôtres, pour fabriquer beaucoup de bruit, beaucoup d’image. Peu importe qu’il soit l’Antéchrist de la révolution, pourvu qu’on le voie et l’entende. Plus il y a de présence, plus il y a de votes. Il faut sauver le libéralisme. Espérons que le vide l’emportera sur le plein, car comme Eltsine, ce n’est pas lui qui gouvernera. N’oublions pas qui fut son successeur.

Augustin Langlade