David Colon

David Colon

Qui est David Colon (D.C.) ? Si tout le monde, à Sciences Po, connaît – au moins de nom – ce professeur d’histoire aux cheveux foncés, aux yeux noirs cerclés par des lunettes années 70, au visage -légèrement – prognathe, rares sont ceux qui peuvent s’enorgueillir de lui avoir parlé sans crainte, un sentiment justifié? La Gazelle a enquêté pour vous.

Il rentre parfois dans la vie du sciencespiste dès le fatidique entretien d’entrée, précédé de la renommée d’être d’une sévérité sans égale. Cette réputation se trouve encouragée lorsque, pendant la semaine d’intégration, les 1A, tous entassés pour la première fois dans l’amphi Boutmy, aperçoivent sa silhouette sur la chaire. Les blagues sur le camembert, les jardins à la française et quelques personnages politiques qui ne détiennent pas sa sympathie abondent et parviennent un peu à assouplir le cours de méthodologie très détaillé qu’il livre. Néanmoins, les étudiants internationaux n’ont aucune idée de comment caser leurs idées dans un plan en trois parties, trois sous-parties, trois sous-sous-parties (oui, la trinité existe aussi dans les établissements laïcs) et demeurent pétrifiés en l’écoutant. M. Colon confesse que c’est pour lui l’un des « moments les plus amusants de l’année ». Il ne sait pas pourtant qu’à la sortie de ce cours les étudiants le retrouvent sur la liste noire de l’UNEF. Un smiley triste paraît à côté de son nom accompagné par une mention de ce genre « à éviter à tous prix, prof exigeant et qui note très sévèrement ». Mythe qu’il entretient avec soin : quand nous le lui apprenons, il sourit et s’exclame : « Il y a le mythe d’un prof extrêmement exigeant… qui est une réalité. Je suis très fier de l’être, je suis très fier de le rester ».

« Il explicite alors les préjugés respectifs que le sorbonnard et le sciencespiste ont l’un de l’autre. »

   Puis, il y a évidemment le mythe de « l’homme qui n’est jamais sorti de Sciences Po, l’homme qui aurait toujours vécu sous le toit protecteur de notre IEP » mais celui-ci est partiellement faux. David Colon a préparé l’agrégation à Nanterre, un monde qu’il n’a toutefois pas « appris à apprécier » et surtout a suivi des cours à Paris IV ! Dans une logique comparative, il explicite alors les préjugés respectifs que le sorbonnard et le sciencespiste ont l’un sur l’autre. Le premier serait « renfermé dans sa tour d’ivoire, plongé dans les livres, rarement en prise avec le monde actuel », le second «superficiel, un brin inculte, vivant de sa seule capacité à s’exprimer ». Mais il ne croit ni à l’un ni à l’autre : « le sorbonnard et le sciencespiste sont finalement socialement et intellectuellement très proches » et les éducations qu’ils reçoivent sont généralement toutes deux très complètes

A cet instant il commence un long discours sur l’Education Nationale, remettant en cause le système de notation sur vingt propre à la France, puis de notation tout court : « la mesure d’un prétendu niveau par des notes conduit à des absurdités telles que donner des notes au primaire. Pourquoi pas en maternelle? On les donnera à la naissance, peut-être… On résume trop souvent la finalité de l’enseignement à cet indicateur-là » nous dit-il.

   Les deux choses qui lui prennent le plus de temps professionnellement, sont justement l’enseignement, qu’il aspire à réformer, et la vulgarisation de l’Histoire. Il les mène à travers l’écriture de manuels scolaires ; deux missions qui sont à son avis mal perçues en France, où l’enseignement et la culture restent des pratiques « élitistes et cloisonnées. »

« 40 minutes avant d’aller affronter la bête du Gévaudan »

Interrogés sur ses hobbys, Colon répond avec humour « l’une de mes activités préférées est d’aller aux mariages de mes anciens élèves ». Il s’occupe aussi de diriger le festival de Mozart à Saou, petit village de la Drôme qu’il habite quand il n’est pas à Paris. Après avoir rapproché la musique du célèbre compositeur au rock’n’roll, Colon nous révèle son top 3 classique : Mozart, Bach, Verdi. Et pop rock : David Bowie, Bruce Springsteen, Ten Years After et bien évidemment The Beatles. Non, pas de house music, il ne va pas jusque là.

Bien qu’il contente ainsi notre soif d’informations sur le plan musical, il refuse de répondre à toutes nos demandes de scoops sur son compte et d’anecdotes sur sa vie privée. Qui étaient ses camarades ? Quels élèves a-t-il eu depuis ses premiers cours ? Il nous raconte seulement que le professeur, dont il a suivi les cours avec le plus de plaisir, est sans doute René Rémond. Il se souvient ensuite de Serge Bernstein et Pierre Milza, également ses professeurs. Il reconnaît l’importance de leur oeuvre, très complète, sur le XXe siècle, et nous fait une grande annonce : il veut aussi dans un futur prochain rédiger un ouvrage d’une telle ampleur historique. Les étudiants se retrouveront-ils dans un « Colon et Larrère » dans quelques années ? Non, M.Colon dément notre hypothèse car il souhaite travailler pour une fois seul, après avoir toujours participé à des manuels collectifs

Quant au premier cours que David Colon a donné, il ne l’oubliera jamais tellement il l’avait préparé : « je pourrais vous le réciter ligne par ligne encore aujourd’hui si vous le souhaitez ». Mais mis à part ces quelques informations sur sa vie publique nous n’arrivons pas à lui décrocher des informations sur un possible passé de latin lover « provincial » arrivé de Grenoble à Paris. S’il ne rechigne pas à livrer ses opinions politiques, nous révélant avoir été la plume de Laurent Fabius – David Colon conserve toujours, malgré nos efforts, ses réserves sur les histoires drôles en déviant sur d’autres sujets – « j’ai découvert que la Joconde n’est pas la Joconde! » ou encore en expliquant : « je n’ai pas d’humour, c’est bien connu ».

Enfin, il craque : il y a maintenant plusieurs années, l’addict de Facebook avant l’heure se trouvait un jour ennuyé, quelques minutes avant de faire passer un examen. Voilà qu’en cherchant le nom de l’étudiant sur le fameux réseau social, il tombe sur son dernier post : « 40 minutes avant d’affronter la bête du Gévaudan », ce terrible monstre qui au XVIIIe siècle terrorisait et tuait les éleveurs de Lozère. L’examen se termine enfin, l’étudiant est brillant. « Encore une dernière question, Monsieur : que pouvez-vous me dire sur la bête du Gévaudan ? » L’étudiant pâlit … « Mais Monsieur, c’est votre réputation ! » Vous voulez savoir la note qu’il a eue ? 18, comme quoi David Colon n’est pas (toujours) une bête sanguinaire, plutôt un gros panda à la fourrure noire et blanche, comme celui attaché à son porte-clés.

Maud Barret Bertelloni et Mario Ranieri Martinotti