Pour sa dernière parution de l’année, La Gazelle vous offre un hors-série consacré aux questions internationales. La période à venir promet d’être riche en événements d’envergure. Il semble judicieux de saisir certaines tendances de fond qui  façonnent les « temps troublés » actuels. Rivalités impériales, révolutions, dévolutions, nous proposons d’aborder ces dynamiques à travers des exemples régionaux : Arctique, Scandinavie, Eurasie, Extrême-Orient.

Le 26 décembre 1991, l’Union soviétique, dernière puissance majeure qui s’opposait à l’uniformisation de la planète autour du modèle de la démocratie de marché sous protection américaine, cessait d’exister. Avec cet empire sans frontières, suzerain d’un monde en voie de pacification et de modernisation, nous arrivions, sinon à la fin de l’Histoire, du moins à un monde libéral post-westphalien sous l’égide d’une puissance œcuménique, à peine troublée par un terrorisme publicitaire et quelques insurrections des marges. Mais les représentations changent. Face au système international fondé sur les idées issues des Révolutions atlantiques (1688-1793), la réaction hobbesienne se fait d’abord en Occident, lors de l’émergence de mouvements qui souhaitent renouer avec une politique souverainiste et identitaire.

Désormais, les États-Unis ne se voient plus comme un empire libéral universel, mais se rapprochent des positions des puissances révisionnistes de l’ordre international. Nous vivons une ère de dévolution post-impériale où, exemple unique dans l’Histoire, l’hyper-puissance hégémonique semble renoncer à son leadership pour se replier sur elle-même, sacrifiant sa périphérie pour régénérer son centre. Autrefois empire planétaire, l’Amérique se marginalise elle-même, tandis que ses anciens protectorats, comme le Japon, s’émancipent des restrictions militaires et diplomatiques qu’ils s’étaient imposées après la Seconde Guerre mondiale. Les puissances déchues se permettent à nouveau de nourrir de grandes ambitions et se donnent les moyens de les réaliser face aux puissances établies. Ces dernières, légitimées par l’ordre international contemporain dont elles sont les principales bénéficiaires et disposant d’une puissance défensive incomparable, voient donc leur préséance ouvertement contestée. Face à l’Union européenne, la Russie gère d’une façon agressive la dévolution de son empire, et s’aliène la plupart de ses anciens sujets des isthmes balto-pontique et caucasien, avec sa politique de prédation territoriale, tandis qu’à l’échelle mondiale, la Chine liquide sa révolution pour assurer sa mutation en puissance hégémonique. Alors que le monde est pour la première fois véritablement unifié par des réseaux de communication, de production et de commerce planétaires, il se morcelle à vitesse croissante : aujourd’hui, la planète est divisée en presque deux cents souverainetés, les pôles de puissances majeures se multiplient, sans compter ces de zones grises qui avortent ou accouchent d’insurrections proto-étatiques, comme le Khalifat de Raqqa ou les Républiques du Donbass. Pour la première fois, nous vivons dans un temps historique vraiment unifié, où chaque événement implique à différents degrés l’ensemble des sept milliards d’habitants de l’Eurasie, de l’Afrique et des Amériques. Mais pour être universelle, l’Histoire n’en est pas moins l’Histoire, avec son bruit et sa fureur, prêts à balayer les acquis des anciennes révolutions libérales.

Si les États-Unis semblent s’engager sur la voie d’une absence de plus en plus marquée de la scène eurasiatique (voir la carte ci-dessus), le réveil d’anciennes puissances humiliées sur cette immense masse continentale semble être le fait déterminant du XXIe siècle («  L’esprit de revanche  », page III). La Chine et le Japon entendent bien ravir à l’Ouest la prééminence dans l’ordre hiérarchique international («  Harmonie impériale chinoise  », page II, & «  Japon, une nostalgie nationaliste ?  », page IV). À contre-courant de ces dynamiques belligènes, les nations scandinaves s’efforcent de maintenir un modèle social qui se veut une nouvelle relation à la modernité (« Danemark : refus de la lutte, esquive de l’histoire », pages II et III), tandis qu’en Arctique, les grandes puissances s’efforcent de mettre en place un modèle de gouvernance consensuel (« Le grand jeu dans les mers froides », page IV).

Si les États-Unis semblent s’engager sur la voie d’une absence de plus en plus marquée de la scène eurasiatique (voir La Carte), le réveil d’anciennes puissances humiliés sur cette immense masse continentale semble être le fait déterminant du 21e siècle (voir l’article L’Esprit de Revanche). La Chine et le Japon entendent bien ravirent à l’Ouest la prééminence dans l’ordre hiérarchique internationale (voir les articles Harmonie impériale chinoise & Japon, une nostalgie nationaliste ?). À contre-courant de ces dynamiques belligènes, les nations scandinaves s’efforcent de maintenir un modèle social qui se veut une nouvelle relation à la modernité et au monde (voir l’article Danemark, refus de la lutte, évidemment de l’histoire) tandis qu’en Arctique les grande puissances s’efforce à mettre en place un modèle de gouvernance consensuel (voir l’article Le grand jeu dans les mers froides).

Élie Beressi