Le constat est là. Rien ne s’accorde. Tout s’éparpille. Mois après mois, la sphère politique française se morcelle, toujours de plus belle, tandis que son peuple s’inquiète, s’agresse, s’oppresse. De quoi être optimiste. Habitués à tout rationaliser et prévoir, nous tombons des nues lorsqu’un événement inattendu s’actualise, qu’une décision voulue progressiste rencontre un frein libéralo-socialiste, ou encore qu’une explosion terroriste tonitrue. Bref, à chaque fois que l’image que l’on projetait sur notre environnement ne coïncide pas avec la réalité, les cloches de la désillusion retentissent. Les leurres inhérents à l’idéalisation sont connus de tous, et pourtant, il paraît nécessaire de les réactualiser ici. Pourquoi ce choix vieux-jeu ? Car il semble qu’il faille appréhender notre environnement différemment. Aujourd’hui, la tendance est à croire que nous sommes les maîtres de notre destin. Tous, pensons que par des choix stratégiques nous parviendrons à composer l’image qui nous correspond, à nous comme à notre pays. Mais nous oublions que la réalisation de ces projets ne dépend pas entièrement de nous. C’est pourquoi nous devons prendre conscience que nous agissons à partir d’éléments prédéterminés, à partir de pièces prédécoupées par un auteur inconnu qui prend les noms de Dieu, de Nature, de gros Bang, ou de Ravensburger©. On l’aura compris, en vue de ne pas se décomposer face à l’actualité, il serait bon de s’identifier au joueur de puzzle. A celui qui, limité, ne fait que manier des pièces pour former une image qui ne lui appartient pas. Envisagée sous cet angle, l’actualité paraît moins agressive, son analyse, plus savante et moins dramatisante. C’est dans cette optique que ce mois-ci La Gazelle met en perspective la politique de Poutine, qu’elle dés-hystérise la loi Travail, et qu’elle cherche à redonner une valeur historiographique aux Idées. Alors, chers lecteurs, bientôt joueurs, à vos lunettes !

Victoire Barbin Perron