Leila Tnitan

Leila Tnitan

Août 2014, départ du « double-cursus philo-sciences po ». Devenir une SPIV (Sciences Po – Paris IV), vivre une année intense, un pied rue Saint Guillaume et l’autre à Clignancourt. Équilibre précaire… Arrivée à l’aube de ma deuxième année, je fis le choix de poursuivre ma route avec Sciences Po et d’arrêter la philosophie.

Les premiers symptômes arrivèrent au cours du second semestre : perte d’appétit philosophique, indigestion de Platon, durant laquelle même ses lits d’artisan, de peintre ou de créateur ne m’aidaient pas à trouver le repos.

« Le remède fut donc d’arrêter le bi-cursus. »

Ce n’était pas la piqûre d’une torpille. Ou peut-être en était-ce une, car si Socrate posait tant de questions pour vous mener dans une aporie, j’étais dans cet état concernant mon désir de poursuivre la philosophie en deuxième année. Par ce doute quasi paralysant, je réalisai peu à peu mon désir d’arrêter le bi-cursus. Non par manque d’intérêt, mais par difficulté d’accorder les deux parcours. Le temps que je pouvais consacrer à la philosophie la rendait fade et Sciences Po, chronophage, provoquait un déséquilibre dans l’équation de réaction philo-sciences po. La maladie philosophale fit surface. Je pris progressivement conscience que les cours de Sciences Po me captivaient, mais qu’absorbée par ce rythme soutenu, ma curiosité s’essoufflait. Ce diagnostic fut d’abord difficile à admettre mais je crois bien que le temps, l’expression et la réflexion sont de bons médecins de l’esprit. Le remède fut donc d’arrêter le bi-cursus.
Mais est-ce un arrêt ? Plutôt une bifurcation, un tremplin qui me permet de comprendre que je ne me projetais pas en master de philosophie. Bien que j’arrête le bi-cursus, cette année m’a donné des clés pour apprivoiser les philosophes et de l’intérêt pour les lire. Ils ne seront jamais très loin de ma table de chevet… Sans oublier les belles rencontres et amitiés, au delà du bi-cursus, qui ont ponctué et égayé cette année passée.

Je préfère prendre cette direction maintenant, plutôt que de m’entêter à poursuivre, claudiquant sur ce chemin ou par utilitarisme, une double licence. M’apercevoir que le bi-cursus m’avait bien plus dévorée que je ne l’avais dégusté, oser être honnête avec moi-même et arrêter avant de ne plus aimer la philosophie s’avère être un choix de lucidité.

« Penser c’est dire non », dit Alain. C’était mon premier devoir de philosophie en terminale. C’est ce que j’ai choisi ici. Ce « non », fertile, traduit aussi ma volonté d’être plus pragmatique. Sortir un peu des livres et se confronter au réel me semble indispensable. Non pour « saisir les clés de compréhension de la complexité du monde contemporain dans le contexte de mondialisation »… mais simplement pour dépasser le cadre théorique et parvenir à faire des liens entre les matières, à travers l’actualité et les actions associatives.
En définitive, je vois dans cet arrêt une ouverture plus qu’un retrait. Je prévois également de participer à davantage de conférences et à la vie associative, comme témoignages concrets du présent. En effet, le compte à rebours pour la Conférence de Paris en 2015 sur le climat (COP 21) a commencé, et je souhaite participer aux actions menées avec l’équipe de Sciences Po Environnement contre la fièvre climatique. J’espère ainsi contribuer au « Penser local, agir global », à la recherche d’alternatives écologiques, entre le comité du campus vert, la sensibilisation étudiante, les triplétades de cuisine (les triplétades de cuisine sont l’occasion d’un défi culinaire en première année à Sciences Po, autour de produits bio ou de saison, ndr), vide dressing, la collaboration avec l’association « Respire » ou encore la promotion de la bicyclette… Tant de projets qui foisonnent ! Prendre le temps de construire mon projet de troisième année à l’étranger, poursuivre la musique, accompagner des étudiants internationaux… Ces ouvertures artistiques et humaines donneront encore plus de goût et d’élan à cette deuxième année en puissance.

C’est ainsi qu’un an après mon arrivée dans le monde étudiant, je comprends d’autant plus l’importance de considérer les études non comme une course, mais comme un chemin sinueux, où les lignes de départ et d’arrivée peuvent se croiser.

Bérengère Angot