Emmanuel Macron a créé en septembre le Conseil Présidentiel pour l’Afrique pour rénover l’image de la France en Afrique? De quoi ce conseil est il le nom et le signe ?

La création début septembre du Conseil Présidentiel pour l’Afrique (CPA), qui était une promesse de campagne d’Emmanuel Macron, est passée relativement inaperçue en France. Le CPA sera à terme composé d’une quinzaine de membres, dont onze ont déjà été sélectionnés par le Ministère des Affaires Étrangères pour leurs liens avec les entreprises et la société civile en Afrique. Il vient compléter les canaux « classiques » de la diplomatie franco-africaine : le bureau Afrique du ministère des affaires étrangères (MAE), l’Agence française pour le développement (AFD), et les conseillers du président. Emmanuel Macron a insisté sur sa volonté de créer un organe « institutionnalisé », qui survivra à son mandat et devra orienter durablement diplomatique française en Afrique.

L’objectif affiché est de transformer la perception de la France en Afrique et réorienter les axes de la diplomatie française en préparation du décollage entrepreneurial africain. En restructurant les relations franco-africaines, E. Macron dit vouloir sortir de la « Françafrique », reprenant une expression désignant l’ingérence française dans les affaires politiques de ses partenaires africains. Malheureusement, la création de ce conseil pourrait n’être qu’un simple effet d’annonce, et ne rien changer à la substance de ces relations. Plusieurs éléments permettent en effet de douter a priori de l’efficacité du CPA et du renouvellement diplomatique amorcé par Emmanuel Macron.

L’objectif affiché du CPA est d’enterrer la “Françafrique »

Pour le président actuel, favorable aux initiatives issues du secteur privé (et en particulier au rôle du petit et moyen entrepreneuriat), la diplomatie française manque de dynamisme. Elle est mal équipée pour se saisir des enjeux économiques de l’Afrique « qui émerge ». Le CPA, dont les membres viennent du secteur privé dans plusieurs pays d’Afrique, doit permettre de dépasser les enjeux sécuritaires et migratoires qui focalisent pour l’instant l’attention de la France dans ses rapports avec les pays africains. C’est une plateforme « souple », à la fonction institutionnelle confuse, sur le modèle d’un conseil d’entreprise. Le CPA analysera les secteurs économiques porteurs en Afrique et permettra de « rattraper » le flair chinois et américain sur le continent, non seulement dans les grandes industries où la France est déjà solidement implantée, mais surtout dans les moyennes entreprises.

Mais l’objectif principal du CPA est de rénover l’image de la diplomatie française et d’arriver enfin à enterrer la fameuse « Françafrique ». L’image de la France sur le continent est mauvaise, notamment chez les moins de trente ans, qui représentent une majorité écrasante de la population. Une polémique récente sur le franc CFA a révélé sur les réseaux sociaux l’ampleur du sentiment hostile envers la France chez ces jeunes, sensibilisés à l’histoire postcoloniale. Pour restaurer notre image en Afrique, il faudra revenir sur la sanctification des liens politiques avec les gérontocrates du continent, et faire oublier soixante ans de grande amitié avec les régimes les moins démocratiques : soutien à la famille Bongo au Gabon, liens troubles avec le régime Kadhafi, opération Licorne en Côte d’Ivoire… Mitterrand avait promu la « démocratisation » de l’Afrique francophone, mais cette démocratisation de façade s’est arrêtée aux limites des intérêts économiques français. Dans plusieurs cas (Sénégal, Bénin), la démocratisation n’a pas mis fin à la corruption systémique ni à cinquante ans de collusions entre le secteur public local et les entreprises étrangères.

Deuxième point de mécontentement contre la France en Afrique, le rôle trouble joué par les fleurons économiques français dans le « développement » africain. Total, Areva et les grands groupes industriels ont été régulièrement accusés de violer les droits de l’homme, de « porter des valises », de spolier les ressources, et d’acheter les élites politiques locales. Leurs relations fusionnelles avec les ambassades françaises et un certain gratin politique africain a entaché, de façon durable, l’image de ces compagnies sur le continent. Il faut donc que le développement économique « à la française » présente un nouveau visage.

Un organe sans pouvoir décisionnel et sans résonance médiatique

En créant un conseil issu de la société civile, Macron donne l’impression que ses décisions diplomatiques intègreront les intérêts des bases, et pas uniquement les intérêts stratégiques de son gouvernement. La présence de plusieurs binationaux dans le CPA va dans ce sens. Les membres du CPA ont en général moins de trente ans, ils sont footballeurs, artistes, chercheurs, journalistes, ou encore entrepreneurs. Ont été écartés les profils liés aux grandes entreprises : seuls deux conseillers sont liés à des groupes connus, Suez Environnement et Duval. Le profil des conseillers n’est pas sans rappeler une stratégie de communication déjà employée par le président français, qui consiste à sélectionner des figures médiatiques (Stéphane Bern, Nicolas Hulot) pour prendre la tête d’une initiative de réforme, sans que ceci assure pour autant qu’une transformation structurelle des instances décisionnelles ait eu lieu. Pourtant, la mission du CPA est délicate : il faut renouer le lien avec des sociétés civiles désabusées, sans toutefois rompre avec les « poids lourds » de la politique africaine, et les grandes multinationales du continent. La création du CPA (un conseil « neuf », discret, autonome par rapport au MAE) constitue à cet égard une « américanisation » de la diplomatie française, qui tend la main vers les acteurs politiques émergents et la nouvelle génération d’activistes africains, par l’intermédiaire d’un organe sans pouvoir décisionnel et sans résonance médiatique.

Le fait que le CPA ne soit qu’un organe consultatif et volontairement détaché du réseau diplomatique français efficace et rodé, laisse craindre que son pouvoir d’influence soit plus réduit qu’espéré. Si l’effet d’annonce est certain, la destruction annoncée de la Françafrique l’est moins.