Quel rôle pour l’Union africaine ?

Posted on 15 mars 2013 by Claude Askolovitch

 

C’est dans un climat délétère que s’est tenu, le vendredi 8 mars, la dernière Conférence de l’Union africaine. Et pour cause. Alors que l’Organisation semble aujourd’hui paralysée par les tiraillements de pays africains aux intérêts difficilement conciliables, l’intervention militaire au Soudan, orchestrée par la CEDEAO sans consultation préalable de l’UA, est ressentie comme une provocation et une remise en cause de la capacité de l’organisation à résoudre la crise soudanaise.

Il n’est alors pas difficile de comprendre l’agacement des dirigeants de l’organisation, qui, selon eux, n’ont «reconnu la CEDEAO que sous condition qu’elle communique sur la quasi totalité de ses prérogatives», avant de déplorer avoir été «informé par le biais de communiqués publics».

Le summum de l’incompréhension et de la confusion semble avoir été atteint lorsque les dirigeants de l’Union Africaine ont tenté de faire valoir la prédominance de l’organisation dans la décision du recours à la force et du déploiement des Casques Blancs. Pourtant, et comme il se le verront rappeler par les représentants de la CEDEAO, l’ECOMOG, en tant que branche armée de la CEDEAO n’est en aucun cas placée sous l’autorité de l’Union Africaine.

Ainsi, alors que l’Union Africaine demeure l’institution panafricaine de référence, il semblerait que celle-ci peine aujourd’hui à affirmer son leadership face à des organisations régionales plus réactives, et cherchant à affirmer leur indépendance.

La crédibilité de l’organisation et son avenir dépendra alors fortement de sa capacité à interagir sur l’évolution de la situation au Soudan et en République démocratique du Congo. Si une réponse concrète ne devait pas être apportée rapidement, l’Union Africaine semblerait condamnée à demeurer cette entité lointaine, nébuleuse, dont les aspirations et les discours emplis d’humanisme restent bien souvent éloignés de la réalité et du quotidien de chaque Africain.

 

Voici les réponses aux questions que nous avons posées par écrit à Jacques-Omer Lescot, vice président et responsable de la cour de justice de l’UA.

 

Comment analysez vous l’évolution de la situation au Soudan et en R.D.C, et pensez vous qu’une sortie de crise rapide soit envisageable ?

Nous pensons que la situation dans ces deux pays est hautement préoccupante mais nous oeuvrons de toutes nos forces avec l’aide de nos Etats membres et de nos partenaire afin de mettre en place une sortie de crise dans les meilleurs délais.

Pensez vous que l’UA soit toujours en mesure, et dispose des moyens nécessaires afin de peser sur l’évolution de la situation dans ces deux régions?

L’UA est un acteur à part entière au sein de la communauté internationale et maitrise au mieux les outils dont elle dispose, tant diplomatiques que militaires, afin d’atteindre ses objectifs. C’est au travers de médiations, mais aussi d’interposition que l’Union pèse et pèsera sur Kinshasa et sur Khartoum.

L’UA ne se retrouve-t-elle pas immobilisée aujourd’hui par la multitude d’intérêts particuliers qu’elle représente et qu’elle doit concilier ?

Je vous renvoie à l’hymne de l’Union Africaine et à ses valeurs qui sont justement celle de la conciliation des intérêts tout en respectant bien entendu les particularité des différentes entités membres de notre organisation.

La difficulté pour l’UA à concilier ces intérêts et à agir rapidement ne risque-t-elle pas de la positionner comme un acteur de second rôle, à la faveur d’organisations régionales, plus aptes à répondre rapidement aux situations de crise ?

Non. Bien au contraire, les organisations régionales se montrent coopérative désormais et communique avec nous sur tout point qui nous concerne afin d’assurer la cohérence de notre organisation, mais surtout du continent africain tout entier.

L’action de la CEDAO au Soudan, qui s’est faite sans concertation avec l’UA, n’apporte-t-elle pas la preuve que les décisions concrètes, permettant une sortie de crise rapide, sont d’abord prisent au niveau régional ?

Les décisions se prennent à l’échelle du continent dans le cadre institutionnel de l’UA, mais les actions sont prises à différentes échelles. Pour solutionner une crise il est nécessaire à la fois d’agir de façon structurelle et conjoncturelle, deux façons qui correspondent à deux niveaux institutionnels.

Ne craignez vous pas qu’un financement extérieur, tel que celui proposé par la Corée du sud, ne fasse que limiter l’autonomie politique de l’Union Africaine, en l’obligeant notamment à prendre en compte des intérêts extérieurs au continent africain ?

Non, et sur ce point j’en profite pour à nouveau remercier la République de Corée, qui destinait ces fonds à l’origine au développement économique via notamment la Banque Centrale, et qui les attribut aujourd’hui à la résolution de cette crise, tout en nous laissant une grande l’attitude et totale autonomie pour se faire.

Face à une aggravation et un prolongement de la crise, l’Union Africain serait-elle prêt à faire appel à l’aide internationale ?

L’Union Africaine fait déjà appel à l’aide internationale, et l’aide internationale fait également appel à l’Union Africaine. Nous oeuvrons de concert avec l’Organisation des Nations Unies et prenons part au processus d’élaboration des résolutions comme la résolution 002 par exemple à l’initiative de la France, qui nous a d’ailleurs attribué compétence via la Cour de Justice de l’UA pour juger les dirigeants de la LRA.

Propos recueillis par Claude Askolovitch.

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