Pas de vacances pour le littoral

par AURÉLIEN DOUSSERON

 

Le tourisme dans le bassin méditerranéen est en constante augmentation depuis une vingtaine d’années. En 2017, on y compte plus de 364 millions de touristes et on y prévoit 500 millions à l’horizon 2050. Mais ce levier économique a aussi des impacts locaux sur l’environnement : les littoraux, zones les plus convoitées, sont extrêmement touchés par ce tourisme qui étend son emprise…

 

De quels risques parle-t-on ?

Comme dans tout environnement, l’appropriation d’un espace par l’Homme (anthropisation), suppose de nombreux impacts. Les littoraux ne sont pas épargnés : destruction d’habitats de la faune locale, assèchement des zones humides, destruction de la végétation de bord de mer… L’un des risques les plus prononcés est la modification du trait de côte par le bouleversement du système érosif des côtes.

L’érosion, c’est-à-dire l’ensemble des phénomènes qui modèlent le paysage recouvre deux phénomènes qui sont à différencier : l’érosion chimique qui agit par altération et dissolution des roches grâce aux gaz présent dans l’atmosphère, et l’érosion mécanique, liée à des processus physiques comme le vent, le courant de la mer ou des cours d’eau, les gels et dégels… L’érosion est causée par différents facteurs : le climat, la pente, la couverture végétale, le potentiel morphologique et, bien sûr, l’action de l’Homme. La dérive littorale, soit le déplacement des sédiments et du sable par les vagues, est le principal moteur de l’érosion en zone littorale, formant ainsi le trait de côte de manière naturelle.

En construisant une digue, une marina ou un port, la plage qui suit la continuité de la dérive sera bien plus large que la plage située de l’autre côté de la construction quelques années plus tard. Le déplacement naturel des sédiments est bloqué par l’Homme et le trait de côte recule. Un environnement, quel qu’il soit, est un système bien huilé, mais un grain de sable dans l’engrenage le rend plus difficile à tourner. Un deuxième grain de sable et le système est de plus en plus perturbé.

Ainsi, depuis environ soixante ans, on utilise la photo-interprétation pour évaluer l’évolution du trait de côte. Bien que cette méthode ait ses limites avec la nécessité d’y inclure une marge d’erreur aux mesures observées, elle a permis d’estimer l’érosion moyenne du littoral dans certaines zones. Les mesures qui reviennent alors le plus souvent sont une érosion de 0,5m à 1m par an sur certaines côtes et un recul des falaises estimé entre 10m et 30m par siècle.

 

Le tourisme, acteur n°1 dans la lente destruction des littoraux

Un littoral est un système complexe avec une géomorphologie bien particulière. L’évolution du relief y est plus rapide qu’avec d’autres structures géomorphologiques comme un relief montagneux. Ce sont aussi des territoires très dynamiques pour la pêche, l’agriculture ou encore le tourisme. Les enjeux économiques et politiques y sont si importants qu’ils passent, bien trop souvent, avant les enjeux environnementaux.

En France, près de 50 % du tourisme est situé sur les littoraux. On compte de nombreuses stations balnéaires touchées par le phénomène d’érosion en Méditerranée. Des communes comme Palavas-Les-Flots ou la Grande Motte, entre autres, subissent un bouleversement du transit sédimentaire (le transport de la charge solide qu’est le sable à différents niveaux granulométriques) sur leurs côtes. L’implantation de constructions en bord de mer et les aménagements de protection comme les digues ont cruellement accru ce phénomène. En déferlant sur la plage, la vague perd de sa force. Si une digue empêche le déferlement, la vague repartira puissamment dans l’autre sens en emportant le sable et les sédiments présents.

Dans les environs de Hyères, les herbiers de posidonies, longues herbes marines marrons qui s’échouent sur les côtes méditerranéennes, sont en disparition. Ces herbiers ralentissent l’érosion en filtrant les matériaux fins dans l’eau et en bloquant le sable sur la plage, une fois échoués. Pourtant, les aménagements côtiers ont fortement affecté la qualité des eaux et les herbiers qui se raréfient. De plus, à l’approche de la saison touristique, les pouvoirs publics nettoient les plages des banquettes de posidonies échouées sur la plage peu appréciées par les touristes. La plage s’érode donc encore plus. Elle constitue l’élément central de ce type de tourisme. Si sa surface s’amaigrit, il faut combler le manque. Arrivent alors des camions par dizaines qui déversent du sable extrait de carrières. Ce sable permet certes de combler le manque mais ne s’avère pas adapté à cet environnement, menant à la destruction progressive des herbiers en mer.

 

Concilier tourisme grandissant et préservation du littoral

L’enjeu pour les pouvoir publics est alors de jongler entre développement de l’activité touristique et protection du cordon littoral. Les mairies travaillent avec des bureaux d’étude pour évaluer l’érosion et tenter de maintenir au mieux le cordon. Des aires sont désormais protégées comme le parc maritime de Port Cros, à Hyères. Néanmoins, les études sont lentes et les décisions prises ne penchent pas vraiment en faveur de la préservation du cordon.

L’Union Européenne a aussi mis en place un projet de promotion de l’écotourisme en Méditerranée afin de limiter de trop gros flux de touristes sur les pays concernés. Le tourisme est amené à s’étendre de plus en plus et les projets d’aménagements du territoire liés à cette économie se multiplient. Dans ce contexte de fort développement de l’activité touristique sur ces côtes, le maintien des plages de façon naturelle semble donc compromis.

 

AURÉLIEN DOUSSERON

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