Les masques de M. Macron

A l’heure des gilets jaunes, le Président Macron qui se définissait comme le candidat de l’ « en même temps », est désormais accusé d’être le président des riches et des citadins. Une idéologie revendiquée, à l’origine, « ni de droite, ni de gauche », qui l’oblige à enfiler successivement casquette socialiste, et casquette libérale, soit finalement autant de masques et de faux-semblants, brouillant les pistes de la ligne politique du gouvernement.

 

Adrien Miqueu

Le candidat Macron, meilleur représentant de la gauche en France

Septembre 2016, près de six mois avant la publication officielle des candidats à l’élection présidentielle de 2017, un sondage Odoxa prévoit déjà le phénomène Macron. 28 %. C’est le pourcentage que le ministre démissionnaire de l’économie obtient, et qui le place comme meilleur candidat représentant de la gauche. Il évince alors Mélenchon, loin derrière avec quelques 18 %, Valls, Montebourg, ou encore Taubira. Hollande, vu déjà comme un président sortant par les Français, occupe l’honorable place de dernier. Un mois plus tôt, le potentiel candidat évoquait déjà son orientation politique de manière explicite sur le plateau de TF1 : « Pour ma part, je suis de gauche ». Un futur candidat ambitieux, jeune, méconnu, qui fait son entrée par la porte gauche. Précisément identifié politiquement, il fera de la lutte contre les inégalités d’accès le thème constitutif de son identité pendant sa campagne. Un nouvel espoir pour la gauche, qui fait rêver les plus déçus des derniers mandats.

 

Mai 2017 : une entrée à l’Elysée fondée sur la mixité

7 mai 2017, une date qui restera gravée dans les mémoires de la politique française. Le candidat Macron, encore inconnu chez les Français quelques mois auparavant, mène une victoire écrasante face au Front National. C’est une nouvelle page qui s’ouvre, une nouvelle manière de faire de la politique. Candidat de gauche ou de droite ? Un clivage revu par le candidat pendant sa campagne, qui déclare à ce propos à France inter : « Je ne nie pas [le clivage]. Mais il faut le dépasser pour répondre à de nouveaux défis ». Un visage socialiste qui commence déjà à s’effacer, au profit d’une politique de l’ « en même temps ». Dix jours plus tard, le premier gouvernement Macron est constitué sur ce principe, qui va devenir la ligne de conduite du nouveau Président. La mixité est totale, et c’est un défilé de bords politiques différents qui se met en place à l’Élysée. Un tableau idyllique montrant que l’union est possible, et qu’elle fait la force. Des politiques de droite, comme Bruno Le Maire à l’économie, et de gauche, comme le mythique Hulot à l’écologie. Tout le monde y trouve son compte, même le centriste Bayrou qui fait son retour dans un gouvernement plus progressiste que jamais. Un parfait équilibre orchestré par Macron dans lequel tout le monde est « en marche ».

 

Entre promesses de campagne sociales et étiquette de « Président des riches »

Mais quel président serait digne de porter ce titre s’il était vraiment fidèle à toutes ses promesses de campagne ? Si au début du mandat les socialistes avaient de l’espoir pour sauver la gauche, tous ces engagements s’avèrent maintenant n’avoir été qu’une façade, un masque porté par le candidat comme outil de séduction d’un électorat nécessaire. En mai 2018, le Huffington Post publie d’ailleurs un sondage de l’institut Yougov dont les chiffres nous disent tout. 63 % des sympathisants de gauche estiment que Macron mène une politique de droite. Une majorité non négligeable, qui trouve de nombreux arguments à l’appui. Il suffit pour cela de se pencher sur la question sociale, pilier de la campagne. Début 2017, il était question d’ouvrir les droits au chômage « aux salariés qui démissionnent » voulant changer d’activité ou développer leur projet professionnel. Dans les faits, ce sont seulement 20 à 30 000 personnes supplémentaires qui pourront y prétendre, au vu des conditions très restrictives du projet de loi. Du côté des étudiants, pour lesquels beaucoup étaient actifs chez Les Jeunes avec Macron, c’est une baisse de 5 euros de leurs APL qu’ils doivent subir tous les mois.

Déroutant lorsque l’on se penche sur la réforme de l’ISF, impôt solidaire sur la fortune créé par un gouvernement social en 1989, devenu sous Macron IFI, impôt sur la fortune immobilière. Une réforme qui, dans les chiffres, représente un fort manque à gagner, et traduit une économie pour les plus riches, se retrouvant pour la plupart avec une diminution d’impôts. Des faits qui mènent à la conclusion suivante : la politique Macron semble avoir inversé les priorités, et les estimations de l’OFCE* sont là pour le montrer. 1,6 % de hausse du pouvoir d’achat pour les 5 % les plus riches de la population, et une baisse du niveau de vie pour les 5 % les plus pauvres. Un renforcement des inégalités qui se fait ressentir dans la cote de popularité du Président, actuellement au plus bas, catégorisé comme Président des « premiers de cordée », dont l’étiquette semble lui coller à la peau. Un refus des clivages et un brouillage des pistes qui mènent finalement Macron à être catégorisé dans une ligne politique, sans possibilité de s’en soustraire. Une politique jugée injuste par une majorité de Français, pour qui rester en marche devient parfois un vrai challenge. Un challenge renforcé par le délitement du masque écologique marqué par le départ de Hulot, emblème de la présence de la gauche, ayant dû rendre son tablier, faute de moyens disponibles pour de réels changements. Un coup dur pour la gauche, appuyé par l’arrivée de son remplaçant François de Rugy, social-libéral qui semble être le parfait ministre pour se plier aux arbitrages de l’Élysée.

 

La rentrée 2018 : enfin un virage à gauche ?

Rentrée 2018, le Président n’a plus les Français de son côté. Après une succession de mesures décevantes, c’est le moment d’agir, et quoi de mieux que de marquer les esprits en débutant la rentrée avec l’annonce du plan pauvreté tant attendu ? Un petit rappel, de la part de Macron, sur ses objectifs sociaux, qu’il prétend n’avoir jamais oubliés. Serait-ce enfin l’ouverture d’un chapitre social ? L’utilisation de la « jambe gauche » du Président, bien cachée jusque-là et qu’on espère être toujours en marche ? Mais là encore, il faut nuancer. Si l’impression est celle d’un virage à gauche, Macron tient encore et toujours à ne pas froisser la droite, qui contient le plus grand nombre de ses fidèles restants. Il dit d’ailleurs avoir une approche ni de gauche, puisque « ce n’est pas un plan de charité », ni de droite, puisque les pauvres « ne demandent pas l’assistanat ». De même pour son « revenu universel » qui nous rappelle à tous la proposition phare de Benoît Hamon, candidat socialiste de 2017, mais qui penche à droite par son contenu : la fusion de prestations. Une politique qui brouille une fois de plus les pistes, voulant rassurer les deux côtés, oscillant entre deux masques, et voulant limiter la casse face à une popularité en chute libre. Un retour en grandes pompes, donc, mais qui ne conquit pas forcément le cœur des Français. Le 13 septembre, un sondage Elabe pour BFMTV nous dit d’ailleurs que 8 français sur 10 ne font pas confiance au gouvernement sur le plan pauvreté et jugent sa politique « en faveur des plus aisés ». Pourtant, d’après des études d’économistes, il semblerait que les réformes de Macron aient un impact qui commence doucement à s’équilibrer courant 2019, avec une majorité de ménages qui devraient avoir un meilleur niveau de vie. Toutefois, les 5 % les plus pauvres restent les plus perdants, tout comme les 5 % les plus riches restent les plus gagnants. Alors, faut-il laisser encore une chance à la politique Macron ? C’est certes une rentrée qui redonne un peu d’espoir, mais qui ne suffit malheureusement pas à séduire à nouveau les Français, trop marqués par cette première partie de mandat.

 

Une droite engloutie par la vague Macron

Et qu’en est-il des autres partis ? Si la gauche se positionne le plus souvent comme principale force d’opposition, notamment à travers Mélenchon, la droite est, elle, en pleine crise identitaire. Après l’échec inattendu de Fillon aux élections présidentielles, la chute est rude, et se relever semble n’avoir jamais été aussi difficile. Pourtant, un homme essaye malgré tout d’accomplir ce qui paraît être l’impossible : Laurent Wauquiez. Toutefois, lorsque l’on veut s’opposer à un candidat qui se dit être « ni de droite, ni de gauche », et qui fait des réformes d’un peu tous les côtés, il est compliqué de s’opposer en toute cohérence ! Deux possibilités : la mauvaise foi, en s’opposant aux réformes libérales de Macron avec lesquelles Wauquiez est pourtant fondamentalement d’accord, ou jouer la carte de l’union, signant le suicide collectif de la droite. Encore plus dur de se relever, quand on sait que les électeurs de Fillon ont une cote de confiance élevée à 50% envers Macron en mai 2018. Des électeurs pour certains conquis, d’autres déçus, mais qui ne trouvent pas de réponse dans une droite intrinsèquement divisée. Il reste alors la possibilité de se différencier de la manière forte comme l’a choisi Wauquiez, adoptant une ligne de conduite ayant tendance à virer vers le conservatisme et l’extrême droite. C’est donc une politique dont les limites et clivages ont été totalement redéfinis par un Président qui n’a de cesse de changer de masque, sans jamais montrer son vrai visage. Sébastien Pilard le dit : « Avant, pour être à droite, il suffisait d’être anti-socialiste. Maintenant, il faut travailler ». Alors, à toutes les classes politiques, et surtout au gouvernement, il semble que la solution soit de se mettre au travail, pour rétablir l’équilibre promis lors de la campagne 2017, et qui en a fait rêver plus d’un.

Dinah Cohen

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