Centres et thérapies de conversion : de la déviance au néant

« J’ai lu un article à propos de ces filles qui sont déséquilibrées, et qui ont des idées contre-natures. […] Aurais-tu des idées contre-nature concernant les filles ou les femmes ? Parce que cet article dit qu’il existe un remède : une infusion à base de racines ! », « Tu dois lutter contre l’attirance pour le même sexe. Tu dois assumer tes actes, aussi répugnants soient-ils », « C’est ce que m’a dit le docteur : “[L’homosexualité] relève de la promiscuité sexuelle et elle est immorale. […] Avez-vous pensé à ce que vos parents vont dire ?” »

Camille Pradel de Lamaze

En 2011, la version filmée par Tate Taylor du roman de Kathryn Stockett, The Help, sort au cinéma. Si cette œuvre s’attache à dépeindre la société américaine des années soixante, certaines de ses réalités se retrouvaient aussi en France : « L’homosexualité était invisible, nous raconte le psychanalyste et membre de l’association PsyGay, Joseph Agostini. On demandait aux homosexuels de ne pas dire qu’ils en étaient […] Le cercle familial de la personne pouvait la soumettre à une tentative de conversion à travers des actes sportifs : muscler son corps, parler comme un homme… C’était une éducation très généralisée dans la France catholique des années 60. » En effet, bien que la situation pour la cause homosexuelle se soit relativement détendue en France à partir des années 1970, les deux décennies précédentes n’ont participées qu’à la mise en place d’un environnement hostile pour la communauté homosexuelle, dans lequel les membres de celle-ci, ne pouvant assumer leur orientation sexuelle, trouvaient le moyen de se cacher ou de se défouler au travers d’échappatoires diverses : mariage hétérosexuel, fondation d’une famille, pratique d’une activité sportive ou religieuse,… Quatre ans après The Help, Emily M. Danforth écrit The Miseducation of Cameron Post où elle raconte l’histoire d’une jeune lesbienne qui, en 1993, est envoyée en thérapie de conversion par sa famille adoptive. Bien que l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) ait retiré l’homosexualité de la liste des maladies mentales de la classification internationale des maladies en 1992, elle reste, à l’époque, passible d’emprisonnement dans certaines parties du globe, et aucune protection particulière n’est garantie à la communauté homosexuelle résidant dans les pays l’ayant dépénalisée plus tôt : « [Aujourd’hui,] il y a encore une sorte de chape homophobe qui est là, même si les choses ont un peu bougées depuis le ‘mariage pour tous’ », nous indique Fabrice Bourlez, également psychanalyste membre de Psygay. Mais, alors qu’en mai 2013 était adoptée la loi 2013-404, la loi Taubira, ou loi du mariage pour tous, ce n’est pas moins de 3517 témoignages d’agressions ou de comportements homophobes qu’a reçu l’association SOS Homophobie, soit 80 % de plus qu’en 2012, peut-on lire dans son rapport de 2014. On aurait pu parler d’une acceptation en pleine évolution de l’homosexualité et de l’homoparentalité par la société : une enquête de l’Ifop (Institut Français d’Opinion Publique) rapportait en 2016 au travers de son sondage pour l’Association des familles homoparentales, que 63 % d’un échantillon de mille personnes considérait qu’un couple d’homosexuel-le-s vivant avec ses enfants constituait une famille à part entière. Or, le vingt-deuxième rapport de SOS Homophobie recensant les témoignages homophobes de l’année 2017 montre qu’ «  une sorte de chape homophobe » est encore bien ancrée en France, avec l’enregistrement de 1650 témoignages, soit 4,8 % de plus qu’en 2016, avec une augmentation de 15 % du nombre d’agressions physiques LGBTphobes, dont 30 % des cas sont spécifiquement gayphobes. Cependant, dans ce même rapport, SOS Homophobie fait également remarquer une baisse de ces agressions dans la sphère médiatique (qui participe davantage à la libération de la parole homosexuelle), familiale et publique, tout en précisant que cela ne signifie pas un recul de ces agressions, et encore moins en ce qui concerne les attaques physiques, puisque l’association relève une augmentation de 15 % de celles-ci : « À la suite des débats sur le mariage pour tou·te·s en 2013, les violences contre les personnes LGBT avaient explosé. Depuis, le nombre de témoignages avait décru, avant de repartir à la hausse cette année », pouvons-nous lire dans le rapport. D’autre part, dans leur article consacré au sujet des violences homophobes (le deuxième en l’espace de six mois), Valérie Ballet et Catherine Mallaval rapportent le chiffre inquiétant de six personnes LGBT sur dix qui adoptent un comportement d’évitement dans la rue avec leur compagne/compagnon, chiffre recensé par l’Ifop lors d’une enquête pour la Fondation Jean-Jaurès et la Dilcrah rendue publique en juin 2018, énième preuve du malaise social ressenti par la communauté homosexuelle en France.

Mais quelle est la position de l’Église concernant l’homosexualité ? Selon Joseph Agostini, « C’est le fait de pratiquer son homosexualité », et non pas d’être homosexuel en soi, qui serait condamné par l’Église. Une position également évoquée par Père Antoine Guggenheim, le directeur du pôle Recherche du Collège des Bernardins qui, dans un entretien avec Sophie de Villeneuve pour l’émission « Mille Questions à la foi »  sur Radio Notre-Dame, rappelle qu’en effet, l’homosexualité est condamnée dans beaucoup de traditions religieuses, avant d’ajouter que « ce que dit la tradition chrétienne [à propos de l’homosexualité], c’est que comme acte, elle n’est pas ordonnée à l’accomplissement des personnes ». Autrement dit, selon l’Église, l’acte homosexuel en lui-même n’est moralement pas adapté, ce qui ne devrait pas nécessairement entraîner un rejet fondamental si on en croit les textes du CEC (Catéchisme de l’Église Catholique) : « Le Catéchisme lui-même (n° 2358) dit que les personnes homosexuelles doivent être accueillies avec respect, compassion et délicatesse ». La théologienne sœur Véronique Margron, également professeure de théologie morale à l’UCO (Université Catholique de l’Ouest) souligne dans une interview consacrée à La Croix sur la position de l’Église quant à l’homosexualité, que la Bible, en réalité, parle peu de la réalité homosexuelle et que par conséquent, un grand nombre de moralistes s’accorderaient à dire que ces passages ne seraient pas suffisant pour en tirer une théorie. Sœur Margron explique également dans ce même entretien, que ce que défend la morale ecclésiastique est la nécessaire différence des sexes pour le don de la vie, que les personnes homosexuelles ne peuvent assumer : « Dire cela n’est pas porter un jugement sur les personnes. L’Eglise ne condamne pas l’homosexualité en tant que telle. Elle connaît les découvertes opérées dans le domaine des sciences humaines. […] Le catéchisme de l’Église catholique distingue donc les “tendances” homosexuelles, qui sont involontaires et ne justifient ni mépris ni condamnation des personnes, des “actes” homosexuels jugés, eux, “désordonnés” car contraires à cette loi de différenciation. » Sur le site internet de L’Église Catholique de France, il est également possible de lire les réponses du Père Dominique Foyer, professeur et responsable du séminaire « Théologie et homosexualité(s) » au sein de la Faculté de Théologie et Département d’Éthique à l’Université Catholique de Lille, concernant les trois articles du Catéchisme de l’Église Catholique (CEC) qui abordent l’homosexualité. Là, il souligne que même dans une situation de couple homosexuel aimant, l’Église affirmera que les homosexuels ne « procèdent pas d’une complémentarité affective et sexuelle véritable » : « L’Église ne dit pas que ces actes homosexuels sont sans aucune valeur, ni aucune portée : elle ne se prononce pas sur ce point, sauf à les qualifier de ‘désordonnés’ », explique Père Foyer. « L’homosexualité est bien un désordre, ce n’est pas ce qui est prévu au départ, dans l’ordre initial, soutient la journaliste et auteure Claire Lesegretain dans un entretien pour La Croix. Mais cela ne veut pas dire que celui qui tombe dans le désordre est le plus affreux des hommes ! » Nous retrouvons une prise de position similaire au sein même du CEC, publié en 1992, dans lequel les rédacteurs  distinguent la pratique homosexuelle des agissements sexuels qui font « offense à la chasteté » (luxure, masturbation, fornication, pornographie, prostitution, viol) : « Cela montre le désir des rédacteurs du CEC de considérer l’homosexualité dans sa spécificité, sans la réduire à un simple comportement déviant et peccamineux. », affirme Père Dominique Foyer sur le site de L’Église Catholique de France.

Cette complexité voire ce rejet total dans l’acceptation de toute une identité et de ses pratiques ne touche pas que la religion catholique (évidemment) et l’Église : bien que l’homosexualité ait été retirée des manuels de psychiatrie français en 1992, un schéma hétéro-centré existe toujours chez certains membres du corps médical : « Vous pouvez trouver des soignants qui traitent l’homosexualité comme un symptôme et qui vont vous amener à [considérer] une hétérosexualité. Ce n’est pas une tentative de conversion au sens strict mais derrière il y a un schéma hétéro-centré, même s’ils ne sont pas religieux », explique Joseph Agostini. Mais il existerait bel et bien, en France du moins, certains psychologues qui pratiqueraient ces “thérapies , en toute discrétion, visant une conversion effective de l’homosexualité vers l’hétérosexualité. Les centres et « thérapies » de conversion sont donc effectivement une réalité, qui s’étend à l’échelle internationale. Ainsi, alors que les deux premières répliques citées au début de cet article se rapportent respectivement aux œuvres The Help et The Miseducation of Cameron Post, la troisième, elle, provient du rapport Avez-vous pensé à ce que vos parents vont dire ? Les thérapies de conversion des personnes LGBT en Chine, publié en novembre 2017 par Human Rights Watch, qui rapporte comment des familles ont menacé ou obligé leur enfant à suivre une thérapie de conversion dans des hôpitaux publics chinois ou des cliniques privées.  Cette réalité, Fabrice Bourlez la condamne avec fermeté : « Il y a eu une vraie actualité autour des thérapies de conversion […]. Cela n’existe pas […]. Les thérapies dignes de ce nom ne convertissent personne à rien du tout ».

Décembre 2015. La photographe équatorienne Paola Paredes, débute un travail sur des centres de conversion découverts dans les années quatre-vingt-dix au sein de son pays. Au cours d’un entretien qu’elle nous accorde, elle évoque son projet Until You change, au cours duquel l’artiste documente le quotidien des survivants avec qui elle s’est entretenue pendant plusieurs mois : « Le sujet a été complètement couvert par les médias pendant une année entière, entre 2011 et 2012 », nous confie-t-elle. L’ambiguïté entretenue par ces centres se retrouve ne serait-ce que dans leur statut : « Ce ne sont pas officiellement des centres de conversion car ils sont illégaux, mais ils sont abrités par des cliniques d’addictologie qui proposent très discrètement ‘d’aider les individus étant victimes de déviation de la personne’ », continue l’artiste. Le plus souvent, ces programmes se trouvent dans les zones rurales du pays en question : « Là où les mentalités sont davantage conservatrices », souligne Paola Paredes. Selon elle, le message de ces centres et séminaires, ainsi que des thérapies qui y sont dispensées, est fortement religieux et stéréotypé : « Les cliniques pour femmes sont très strictes, on les force à comprendre comment une femme digne de ce nom doit fonctionner en société et que si tu agis comme telle, alors, selon leur logique, tu n’auras plus de tendances homosexuelles. On les force par exemple, tous les jours, à suivre des leçons de maquillage, ou à porter des vêtements ‘féminins’ et des talons hauts et marcher avec. […] Donc oui, je pense que ces centres créent de forts stéréotypes de genres ». Dans les structures décrites par l’artiste, les homosexuels sont soumis aux mêmes traitements que les drogués et les alcooliques : études intenses de la Bible ou un apprentissage par cœur des étapes de « guérison » : « S’ils échouent en regard de la procédure, ils sont punis en se faisant gifler avec des cordes ou des élastiques, [ils se font] battre, doivent prendre des bains glacés ou subissent des viols correctifs ». La plupart des survivants avec qui Paola Paredes a pu s’entretenir ont réussi à s’échapper, ou ont été sauvés par la police grâce à des amis ou le/la partenaire : « Peut-être que certains prétendent être soignés et sont relâchés, mais je n’en ai pas entendu parler ». Et cette réalité ne touche pas que l’Equateur : « Pendant les deux années qu’a duré ce projet, j’ai eu des témoignages venant de Chine, du Mexique, de Pologne, de Slovénie, du Pérou, liste-t-elle, Partout, il y a une version ou des pratiques différentes de ces cliniques ».

En France, il n’y aurait pas de « centres » à proprement parler, ni d’atteintes physiques  sur les victimes, mais ces « thérapies » sont bel et bien implantées et seraient a priori l’effet de paroisses ou de certains groupes religieux : « Nous (ndlr : les membres de l’association PsyGay) avons fait une réunion avec Joël Deumier, le président de SOS homophobie, qui voulait sensibiliser autour de  l’association Courage, qui avec Torrent de vie, pratique des sortes de séminaires, nous confie Fabrice Bourlez. Ils sont très forts du point de vue de la rhétorique pour utiliser des termes politiquement corrects, pour accueillir des personnes qui souffrent de leur sexualité et conseiller l’abstinence ou la conversion ». Sur le site de Torrents de Vie, l’association se présente comme un organisme proposant, entre autre « Un accompagnement vers la maturité chrétienne qui nous apprend à ‘nous aimer les uns les autres, comme Jésus nous a aimés’ », et semble viser des croyants déboussolés et isolés, rencontrant des problèmes en lien avec leur sexualité (traumatismes suite à des abus sexuels, homosexualité, problèmes de couples,…). Nous avons essayé de rentrer en contact avec deux des dix-huit antennes présentes en France, sans succès. D’autre part, en ce qui concerne l’association Courage, il est tout simplement impossible de se rendre sur leur blog. Les pages Facebook et Twitter de l’association sont donc les seuls moyens de la contacter. Il est néanmoins possible de retrouver des interviews de Mili Hawran sur internet, qui en 2014, a créé l’association avec le Père Louis-Marie Guitton. Dans un entretien avec le magazine Famille Chrétienne  daté de juillet 2016, où elle présente le parcours qu’elle organisait à l’époque depuis deux ans à Paray-le-Monial, centré sur les homosexuels et leur entourage, elle déclare qu’ « On ne choisit pas forcément son orientation sexuelle, [mais qu’] on peut en revanche choisir un chemin de sainteté. [Et que] les personnes homosexuelles aussi ont le droit de suivre le Christ jusqu’au bout, et sont donc appelées à la chasteté. ». Avant de préciser un peu plus loin que « Les personnes homosexuelles ne viennent pas pour avoir des réponses sur la raison de leur homosexualité, ni pour changer leur orientation. Elles ne visent pas une « guérison » intérieure, ni un coming-out. Elles sont là pour expérimenter la miséricorde de Dieu, malgré une orientation pas facile à porter, et pour découvrir que fraternité et chasteté sont possibles grâce à cet amour. » En février 2018, alors que la paroisse de Bayonne prévoyait un rassemblement faisant intervenir des membres de Courage, l’association homophile David et Jonathan s’opposait à ces pratiques dans un article de La Croix, en déclarant que « Loin d’aider et de soutenir les personnes LGBT, ce type de réunion peut créer chez elles un sentiment de culpabilité relatif à leur orientation sexuelle ou à leur identité de genre. Elles peuvent entraîner une diminution de l’estime de soi, l’isolement de la personne concernée et peuvent donner lieu à des tentatives de suicide. » En effet, Paola Paredes nous confirme que dans le cadre des centres de conversion à proprement parler, les dommages physiques et psychologiques de ces pratiques conversives sont le plus souvent dramatiques : « Syndrome de stress post-traumatique, paranoïa, … On leur dit que s’ils quittent le centre et parlent à quiconque de ce qu’il s’y passe, ils seront poursuivis ». Joseph Agostini, lui, s’inquiète aussi de la division identitaire qui se développe potentiellement chez le patient : « [La personne], si elle évolue dans un groupe qui condamne l’homosexualité, peut subir un clivage […] Le déni est tel qu’elle peut en venir à se persuader qu’elle n’a pas de rapport homosexuel. C’est générateur d’énormément de souffrances ». L’homosexualité devient alors quelque chose d’honteux « qui peut aboutir à des prises de risques inconsidérées », termine le psychanalyste. Cela dit, que ce soit en France ou en Équateur, bien qu’illégales, ces « thérapies » sont très difficiles voire impossibles à contrôler par les autorités, car elles officient le plus souvent dans le plus grand secret. Cependant, elles ne sont pas inconnues par les gouvernements, puisqu’en mars 2018, le Parlement européen condamnait ces « thérapies » et appelait ses États membres à légiférer contre elles, incitant la députée LREM Laurence Vanceunebrock-Mialon à déposer en mai dernier une proposition de loi visant à pénaliser ces pratiques.

« Nous portons tous un masque en société, l’important est de pouvoir le construire tel qu’on souhaite qu’il nous représente. Ces ‘thérapies’ de conversion prétendent figer un masque, celui de l’hétérosexualité. Elles font réciter un rôle qui n’est pas choisi : obliger quelqu’un à porter un masque qui n’est pas le sien en disant qu’autre chose, c’est mal, c’est de la coercition ».  Une manière « d’emprisonner l’âme de la personne plutôt que de la réveiller pour qu’elle puisse assumer son propre masque », selon Fabrice Bourlez.  Mais M. Agostini insiste sur le fait que cette culture du silence et/ou de la continence, si elle est  particulièrement associée à une pratique religieuse, ne doit pas être généralisée: « Il y a aussi des [groupes] religieux très progressistes en la matière qui acceptent l’idée d’une homosexualité pratiquée », assure-t-il (ndlr : Association David et Jonathan  ou La Communauté du Christ Libérateur par exemple).

Clara Jaeger

Sources documentaires :

http://www.hexagonegay.com

Pour aller plus loin :

> Paola Paredes : projets Unveiled et Until You Change https://www.paolaparedes.com

> LIBÉRATION : En France, l’interdiction des «thérapies» de conversion n’est pas pour tout de suite, par Par Pierre de Boissieu et Florian Bardou

https://www.liberation.fr/france/2017/01/21/en-france-l-interdiction-des-therapies-de-conversion-n-est-pas-pour-tout-de-suite_1542106

> Campagne #BornPerfect : The Facts about Conversion Therapy, sur le site du National Center for Lesbin Rights (extrêmement complet et détaillé, en anglais)http://www.nclrights.org/bornperfect-the-facts-about-conversion-therapy/

https://www.huffingtonpost.fr/2015/04/09/obama-therapies-conversion-homosexuels_n_7031104.html

Promotion :

> Queer Psychanalyse, de Fabrice Bourlez

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