Energie : de la nécessité de la décroissance

« Le manque de ressources terrestres commence à se faire sentir ? Il suffit d’exploiter les ressources minières des astéroïdes : à chaque problème sa solution. Notre planète est en danger, mais le génie humain a toujours su s’affranchir des contraintes qui lui étaient imposées et il continuera à le faire. » Dans la quasi-totalité des médias alternent les pires constats concernant l’état de la planète et les solutions les plus séduisantes pour y remédier. Elles peuvent être des révolutions technologiques « vertes », ou des leviers des marchés financiers atténuant la consommation de gaz à effet de serre. Mais ces espérances sont-elles fondées compte-tenu du système économique dans lequel nous évoluons ?

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Un système économique énergivore, le nôtre

Notre économie entière repose sur la consommation d’énergie : nous transformons des ressources en produits et en services, et chaque transformation requiert l’utilisation d’énergie. La production économique est liée à la quantité d’énergie ajoutée dans le système. Mais notre économie repose également sur des prévisions de croissance à la hausse pour permettre le remboursement des emprunts et l’enrichissement global de la population. Une future croissance économique implique donc une augmentation de l’exploitation des ressources, ou de l’efficacité de leur extraction.

Finitude de l’exploitation de la planète Terre

Cependant, une limite physique est en passe d’être atteinte dans l’augmentation de la consommation des ressources. En effet nous assistons à la destruction de la biodiversité et à de nombreux désastres écologiques ; les rapports d’instituts scientifiques pullulent sur ces sujets. Leurs conclusions sont largement reprises dans les médias, mais uniquement selon des angles restreints. Dans les années 90, on ne parle que du trou dans la couche d’ozone. Plus récemment, on semble se concentrer principalement sur le réchauffement climatique. Certains sujets d’importance capitale sont moins médiatisés en revanche. Connaissons-nous par exemple tous les impacts sur les rendements agricoles qui découlent de l’activité humaine ? Chaque augmentation d’un degré Celsius de la température moyenne dans le monde réduit d’environ 6% le rendement du blé dans certaines régions. Protéger l’environnement revient donc à long terme à préserver les conditions de vie humaine.

Des leviers économiques ?

Une fois que l’on a pris conscience de l’impact de l’activité humaine, quelle politique économique adopter ? Dans les années 80, les marchés boursiers prennent de l’ampleur grâce aux dérégulations orchestrées par le couple Thatcher-Reagan et l’économie se financiarise à grands pas. Pour les économistes influents (ceux non-climato-sceptiques) : « Peu de croissance pollue, beaucoup de croissance dépollue ». C’est-à-dire qu’une croissance économique importante permet d’avoir les moyens d’une transition vers une économie décarbonnée. À une prétendue restriction matérielle des ressources, des mécanismes de régulation vont permettre de répondre. Deux types de régulation sont envisageables : des politiques contraignantes ou non-contraignantes. Les premières se matérialisent concrètement par des marchés-carbone ou des taxes carbones restreignant les activités économiques émettrices de gaz à effet de serre. Mais ces mécanismes peinent à s’imposer dans la durée et à une échelle mondiale. C’est la politique non-contraignante de l’ « engagement volontaire » des États autant que des entreprises qui s’est le plus largement établi. Que penser 40 ans plus tard ? Comme l’on pouvait s’y attendre, avec une croissance économique importante, la consommation d’énergie n’a cessé d’augmenter mondialement. Et, contrairement à la prétendue « transition énergétique » que l’on est censés être en train de vivre, cette croissance d’énergie laisse peu de place aux énergies dites « renouvelables » ainsi qu’au nucléaire émettant peu de C02. Plutôt que de se remplacer, les sources de production d’énergies se sont chronologiquement superposées.

La consommation d’énergie n’a cessé d’augmenter mondialement

Des innovations « vertes » pour nous sauver ?

Si la croissance du PIB ne nous permet pas de conserver durablement nos modes de vie énergivores, c’est « parce que l’on n’a pas assez mis la technologie au service de l’environnement ».

Il peut s’agir tout d’abord d’une question de moyens investis : il serait enfin temps de lancer la « révolution verte » ! Des projets fous surgissent régulièrement depuis quelques années, entretenant le fantasme du génie humain sans limite. « Desertec » propose par exemple de subvenir à la consommation électrique européenne grâce à de l’énergie solaire dans le Sahara. Or cela nécessiterait 120 années pour fabriquer ces unités de production d’énergie, sans compter les manques probables de Lithium et de Cobalt d’ici là. Il faut aussi tenir compte du faible taux de recyclage du produit ainsi que de la durée de vie d’un panneau, elle-même de 20 à 30 ans au maximum.

Mais il peut également s’agir de manière plus réaliste d’augmenter l’efficacité énergétique. Un exemple de mise en place concrète à grande échelle qui a déçu est la stratégie énergétique allemande. Si la part d’énergies renouvelables dans le mix énergétique s’est renforcée, les premiers rapports d’impacts montrent qu’elle fragilise le réseau électrique européen sans permettre d’atteindre les objectifs de réduction d’émission aussi rapidement que prévus, et ce malgré le coût important de ces réformes répercuté sur le consommateur. Sur cet exemple, cela montre que l’amélioration technologique n’est pas à la hauteur des objectifs politiques souhaités. En d’autres termes, l’amélioration de l’efficacité énergétique ne compense pas assez la grande consommation énergétique en Allemagne. D’un point de vue général, il s’agit d’un profond traumatisme : la technologie et le progrès humain ne permettront pas de sauver à temps la planète si l’on ne change pas drastiquement de modèle.

Le concept de « croissance verte » demeure profondément antithétique

Un problème systémique et des opportunités

On peut donc interpréter les quatre dernières décennies comme un double échec technologique et économique de protection de l’environnement.

Malgré la tertiarisation et la dématérialisation de l’économie, la croissance économique a été entretenue au prix de dégâts environnementaux majeurs et d’un endettement notable. Le concept de « croissance verte » largement relayé dans les médias demeure profondément antithétique dans notre système économique. Un changement de paradigme est donc nécessaire, se basant sur une décroissance de la consommation des ressources en priorité. Sur le plan économique, on doit alors nécessairement considérer une phase de décroissance au sens du PIB. Ceci bien sûr conduira à un chamboulement en profondeur du système. On pourrait ainsi éventuellement redéfinir la notion de « croissance » par un nouvel indicateur prenant en compte le bonheur d’une population donnée, tout en minimisant son impact environnemental. C’est faire le pari d’une sobriété énergétique heureuse. C’est utiliser en commun les biens de consommation les plus énergivores. C’est considérer le coût énergétique des choses au même titre que leur coût monétaire.

Sur le plan technologique, ceci se matérialise par l’abandon d’une recherche de complexité toujours plus consommatrice d’énergie, peu résiliente, peu réparable et peu recyclable. Ceci ne veut pas pour autant dire retourner à l’âge de pierre. La « Low-Tech », est une solution viable pour un développement véritablement durable.

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