Négociations inter-coréennes et péril diplomatique américain

 

La péninsule coréenne est au centre de l’attention de la communauté internationale depuis quelques mois maintenant, et récemment l’espoir d’une amélioration des relations entre les deux pays qui la composent semble s’être concrétisé. L’arrivée prochaine des Jeux Olympiques à Pyeongchang (ville sud-coréenne à ne pas confondre avec la capitale nord-coréenne) à des mois de joutes verbales ponctuées d’essais nucléaires entre la Corée du Nord de Kim Jong Un et l’administration Trump, allié principal de défense militaire de la Corée du Sud a soulevé de nombreuses interrogations et laissé le monde dans l’expectative quant à l’évolution des relations inter-coréennes.

Alors que jusqu’ici les Etats Unis étaient au premier plan dans les discussions avec la Corée du Nord, le 10 mai 2017, date de l’investiture présidentielle de Moon Jae In au Sud, semblait annoncer les prémices de la détente entre le sud et le nord si l’on se fiait au seul programme présidentiel. Le récent dialogue rétabli entre les deux frères ennemis positionne Trump au deuxième plan dans le jeu diplomatique, les récentes déclarations de Kim Jong Un, concernant une  volonté de réunifier la péninsule évincent Donald Trump de ce point chaud de la politique mondiale. Il ne s’agit pas de savoir si ses dires sont sincères, mais plutôt d’apprécier la stratégie du leader Nord Coréen visant à écarter l’influence américaine de la diplomatie régionale. La Corée du Sud, quant à elle, aurait tout intérêt à profiter de cette période pour relancer ses projets économiques communs avec son jumeau septentrional, et par la même occasion s’émanciper du protectorat militaire et diplomatique américain qui une fois encore n’aide pas le dialogue entre Sud et  Nord. Plus celui-ci se trouve être cordial, plus la présence militaire américaine dans la région risque d’être remise en question, en tout cas dans sa forme actuelle.

Le leader nord-coréen semble apporter un certain renouveau,  renouveau qui prend ses distances d’avec la ligne politique de son grand-père Kim Il Sung

Le leader nord-coréen semble apporter un certain renouveau, notamment lors du discours du nouvel an, qui n’a pas manqué d’être remarqué par les médias sud coréens et occidentaux. Un renouveau qui prend ses distances d’avec la ligne politique de son grand-père Kim Il Sung, puisqu’il oeuvre pour la pérennité de son régime, dans notre monde majoritairement libéralisé, où les frontières physiques ne peuvent plus demeurer aussi imperméables qu’auparavant. Cette ouverture vers la Corée du Sud manifeste le désir de Pyongyang de s’affirmer sur la scène politique internationale, indépendamment de son “grand-frère”chinois. Ce petit volte-face stratégique, peut-être factice ou superficiel, intervient après le renforcement des sanctions des Nations Unies à l’égard de la Corée du Nord. L’économie semi autarcique de la Corée du Nord lui a permis de défier les sanctions et d’augmenter son PIB ainsi que de progresser dans son programme nucléaire. Néanmoins, sur le long terme, il est économiquement et diplomatiquement judicieux d’oeuvrer de concert avec le Sud, et de développer avec Séoul une certaine complémentarité politique et économique. Avant l’arrêt des négociations inter-coréennes sous le mandat de l’ancienne présidente Park Geun Hye, qui n’était pas favorable à un dialogue avec le Nord, la politique du rayon de soleil initiée par le président Kim Dae Jung en 1998 avait permis l’ouverture du site industriel de Kaesong, une ville située en Corée du Nord avec un statut administratif spécifique, où des entreprises sud-coréennes trouvaient de la main d’oeuvre nord coréenne peu coûteuse, favorisant l’économie et la coopération des deux pays, et assurant des bénéfices pour les deux régimes antagonistes.

La réunification politique avec une double présidence semble romanesque de prime abord, et c’est du côté économique qu’il faut se pencher. Il est certain que la coopération économique, motivée par un irénisme aussi soudain qu’intéressé, sera un facteur de stabilisation de la région. Quant à la lutte inefficace coordonnée par les Etats-Unis,pour le démantèlement des installations nucléaires Nord Coréennes, elle ne saurait trouver d’issue diplomatique concrète, tant que le nucléaire restera la seule garantie des Etats révisionnistes de l’ordre international contre “l’Empire” des Etats-Unis.

La participation de la Corée du Nord aux jeux d’hiver participe cette nouvelle diplomatie au service de l’image du régime à l’international

La participation de la Corée du Nord aux jeux d’hiver participe cette nouvelle diplomatie au service de l’image du régime à l’international, comme les Arirang Mass Games où s’enchaînent acrobaties, sourires, esthétique sportive et images de propagande qui vantent les avancées en matière de recherche scientifique. La Corée du Nord elle aussi reste soucieuse de son “Nation Branding”, discipline ou excelle sont jumeau méridional. Selon le Daily NK, un site d’information Sud Coréen sur la Corée du Nord, les Coréens du nord, intrigués, se demandent si la Corée du Sud est semblable à celle des dramas (séries sud-coréennes enjolivées). Outre les enjeux diplomatiques, les deux Corées qui défilent côte à côte, et qui ne seront qu’une dans certaines disciplines sportives aux JO de Pyeongchang, est un symbole fort pour la génération qui a été séparée invitus. Un défilé sous le drapeau de la péninsule rythmé par la chanson Arirang, commune aux deux pays serait un renouveau inattendu et presque impromptu après les récentes provocations de fin d’année.

Le “succès” de  l’administration Trump pour ce début d’année 2018, est d’avoir malgré elle favorisé le rapprochement de son protégé avec son voisin du Nord. L’avenir nous dira les véritables revers de cette manoeuvre politique initiée involontairement par la virulence et l’incompréhension du cas Coréen par le chef de l’exécutif Américain. Ce que l’on sait, c’est que les deux leaders ennemis que sont Donald Trump et Kim jong Un ont un point commun, l’imprévisibilité de leurs actions. Reste à savoir si cette imprévisibilité est aussi calculée et maîtrisée à Washington qu’à Pyongyang.  

 

 Leïla Bouhend

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *