Témoignages et réactions après les attentats

Mercredi 7 janvier. 17h44. Rue du temple.

J’arrive sur la place de la République. Il y règne une atmosphère étrange, comme un abattement général et une stupéfaction commune. La nuit tombe, un lourd silence se fait, la foule endeuillée se recueille. Des cris me parviennent : « Venez les gars, c’est par là les caméras ! ». Ce n’est pas vraiment le moment. A.K.


 7 janvier. 18h. Place de la République.

Silence ému. Mon regard fixé sur l’allégorie de marbre. Finalement, c’est quoi la République? C’est le pourquoi de cet instant. C’est cette foule, capable de tout arrêter pour venir se rassembler quand l’un de ses biens communs, immensément précieux, est menacé. C’est nos coeurs qui saignent quand le jour décline. Des centaines d’âmes sur la place, à la lueur de la statue de la République – bientôt des milliers. M.M.


 Thursday 7th of January. 18h34. place de la République.

As I try to find my way across Place de la République, I’m not angry, nor sad – I wonder. In the midst of this compact crowd, words such as values and freedom are in everyone’s mouth. Beyond the sorrow, the indignation – what does this all mean? In the news, on the banners, in the speeches, I see a society confronted with an aggression, struggling to define itself, distinguishing us from them. There seems to be a before, an after. What will be the consequences? Unsure about my thoughts, my reactions, I walk along with the crowd – people seem just as clueless as I am. M.B.B.


7 janvier. 19h02. Place de la République.

Ça n’avance pas trop, hein ? Toute la France dans la rue, et tous pour une raison différente; Il n’y a pas besoin de demander, ils ont tous des panneaux; Non, ceux-là ne sont pas Charlie, ils sont Ahmed, musulmans, flics, juifs, ils sont français, français, français, il sont là pour dire (c’est marqué sur un petit panneau

blanc, et je ne vois pas, à travers la foule, qui brandit ça) écrit à la main, au marqueur noir : FRANCE – NE TE DÉCHIRE PAS.


7 janvier, 19h25, place de la République.
Je ne sais pas comment ce jour restera dans les mémoires. Je ne sais pas si ce jour-là, les forces de l’ordre étaient dans la rue autant par métier que par solidarité. Je ne sais pas si le policier que j’ai vu saluer une petite fille à une fenêtre est le même que celui que j’ai vu cogner une fille à la dernière manif pour les pauvres, ou les femmes, ou les immigrés, je ne sais plus, il y a beaucoup trop à protester. Le 7 janvier, on ne protestait pas. Unité nationale ! Glorieuse France, tu pleures tes enfants morts, tu pleures tes enfants perdus. Je ne sais pas si le policier que j’ai vu tenir par le bras une vieille dame essoufflée d’avoir trop crié qu’elle était Charlie était le même qui, la semaine dernière, a failli tordre le bras d’un garçon qui devait avoir mon âge qui était noir, ça n’a probablement rien à voir, pour avoir son titre de transport, s’il vous plaît. Unité Nationale.
Soyez Charlie, les enfants. Et surtout, pas d’amalgame. I.K.


 7 Janvier. Rue Beaubourg. 21h43. Revenant des manifestations.
Je m’affale sur mon canapé épuisé, j’allume mon ordinateur. Dès lors, la fatigue laisse rapidement place à l’indignation. Les censeurs s’affirment désormais comme les chantres de la liberté d’expression. Les museleurs de Dieudonné, Zemmour ou même Charlie Hebdo, sont tous devenus des Charlie. Pire encore, certains se saisissent de ce nouveau patronyme dans l’ignorance la plus totale. Hypocrisie. A.J.


8 janvier, 12h, Abu Dhabi
A côté du drapeau national émirien, le drapeau français. Il est en berne. C’est la minute de silence. Loin de mon pays que je ressens affaibli et orphelin après ce drame, je suis désespérée, révoltée, touchée au coeur dans les valeurs fondamentales de ma patrie. Puis je lève la tête, autour de moi la majorité des personnes présentes sont des arabes musulmans qui commémorent la mémoire de nos mort. Mon amie Palestinienne me serre fort la main car elle comprend notre peine, elle sait qu’en France ces personnes représentaient la liberté d’expression. Tout à coup je réalise que nous avons partout des frères. R.R.

Thursday, January 8. 17h. Métro 4.

The day after the attack at Charlie Hebdo. Still news aren’t clear. I have to get out and take the metro, I can’t escape from it, I forcedly have to be at the Faculty. But something is refraining me from getting in the street. I’m temporising. I’m kind of nervous. I step out, people around me is anxious, suspicious, sullen. The climate is heavy. Then the militaries in the metro, the repeated controls, the security announcements. I finally understood what a famous Italian singer meant for “qui chi non terrorizza si ammala di terrore”. M.S.


11 janvier, 16h32 Bd Voltaire / Bd Richard Lenoir

Des camionnettes pleines de policiers qui, de l’intérieur, prennent des photos des manifestants passent devant moi. Je n’ai jamais vu une manifestation où l’on chante “ solidarité avec les policiers ” ! Ni, d’ailleurs, le groupe d’italiens venu exprès de Rome qui marche à mes côtes : “per noi, è stato automatico prendere l’aereo e venire. Con quelli della Francia, sono in gioco i valori di tutta l’Europa” me disent-ils. M.R.M.


Dimanche 11 janvier, 17h30. Place de la République

La foule se déplace finalement, d’un seul corps, impatiente de rejoindre enfin la Place de la République. Trois heures durant, nous fixions au loin la statue ondulante de drapeaux depuis le Boulevard Magenta. La voilà enfin, presque aussi internationale que le siège de l’ONU le temps d’une journée. Ici, un drapeau cubain. Derrière, celui du Bangladesh. Je m’arrêtai et fixai quelques temps cette masse optimiste, ce rassemblement mondial. A.R.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *