Händel l'européen

 

Handel
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   Il existe en musique certains noms auxquels personne, rockeur ou baroqueux, fan de Fauve ou accro au romantisme allemand, personne n’a pu échapper. Ils dépassent tout cadre théorique et même temporel, ils survolent de haut toutes les références qu’on leur a associées, si bien qu’ils sont à la fois ringards et cultes, livrés à tous les clichés : ils sont universels. Händel en fait partie, et à bien des égards. Pas uniquement parce que sa Sarabande a hanté des générations de Kubrickiens (Barry Lyndon est ponctué par la Sarabande de la suite HWV437 arrangée à toutes les sauces) et de Miyazakistes (Nausicaä reprend la même, dramatisée), tour à tour allègrement saupoudrée de synthé ou dramatisée à grands coups de fortissimo, ni parce que tout le monde a déjà entendu les quatre premières notes de son Hallelujah.

   Händel est universel, parce qu’il est européen : dans l’Europe baroque, les compositeurs voyagent, échangent et se volent des idées. Georg Friedrich, de la Prusse où il naît en 1685, part très tôt vers l’Italie, où son talent, son exotisme peut- être, lui ouvrent les portes des palazzi ainsi que les bourses des mécènes et autres cardinaux romains.

   C’est après avoir construit sa notoriété et son style en Italie qu’il s’exporte à la cour d’Anne Stuart en Angleterre, où l’on n’avait plus vu de compositeur d’envergure depuis Purcell, mort en 1695. C’est là qu’il devient réellement un compositeur universel, reconnu comme tel par ses contemporains. Des Italiens il a la souplesse et la finesse de la mélodie, des français il a la majesté, des Allemands la rigueur et la mesure. Il synthétise dans son œuvre les styles si différents des trois grandes nations musiciennes d’Europe, si bien qu’il est impossible de la cerner par l’appartenance à l’une d’entre elles. Il serait tentant, même, de voir en lui un musicien qui embrasse toute la musique européenne de son époque. Et dans l’histoire de la musique occidentale, être européen, n’est- ce pas être quasi universel ?

   Universel il l’est, parce qu’il s’est penché aussi bien sur le profane que le sacré, sur le vocal que sur l’instrumental, laissant partout sa trace. Universel, car il est peut-être le compositeur dont l’influence sur les musiques futures est la plus marquante. C’est sa liberté mélodique et son sens du drame que l’on trouve dans le romantisme des années 1830 ; ce sont ses harmonies que l’on retrouve dans les basses des chansons des années 1980 et après ; c’est lui enfin qui est le premier ambassadeur de la musique baroque, exhumée il y a soixante-dix ans par Nikolaus Harnoncourt et l’ensemble qu’il fonde, le Concentus Musicus Wien, devenu une des premières références de l’ « interprétation authentique » de la musique baroque.

   Aujourd’hui Händel fait partie, au- dessus du lot ectoplasmique des « musiciens classiques », des références qui dépassent tous les courants de la musique occidentale, quels que soient les repères de temps et d’espace. C’est, pour le premier numéro d’un journal qui veut ouvrir, un bel augure que celui d’un musicien si multiculturel, prolifique, et talentueux.

Etienne Rabotin

 
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