Tribulations d’un bicursus

 
Mathéa Boudinet
Le SPIV. (nom spi-ve lat. spivus : bicyclette, bicu pour les intimes) : cet être fantasmagorique que vous avez peut-être entrevu au détour d’un couloir. Monstre du Loch Ness des temps modernes, Moby Dick intellectualisé, on le voit mais on ne l’attrape pas, ou tout du moins pas le vendredi, parce que vendredi, c’est Sorbonne. Hybride en transhumance permanente, le SPIV côtoie deux mondes, quasi parallèles, qui ignorent tout ou presque des mœurs et comportements de l’Autre, objet de tant de mystères, de ouï-dires, de suppositions, supputations, et j’en passe.

   Laissons de côté l’aspect documentaire animalier, et concentrons-nous sur l’avantage principal à fréquenter un SPIV : il est venu, a vu, tente encore de vaincre mais en tous cas nous permet de démystifier un tant soit peu ses habitats naturels. De Louboutin derrière Sciences Po au marché aux puces de Clignancourt, le SPIV dispose d’une prodigieuse capacité d’adaptation. Mais où se cache-t-il lorsqu’il est en territoire sorbonnard ? Lieu de luxure et de paresse, il paraît que le temps s’y écoule paisiblement (vous pouvez même acheter du miel c’est dire). Il est vrai que la bibliothèque déserte à 19h vaut bien le détour mais ne soyons pas mauvaises langues : il y a quand même la nocturne jusqu’à 20 heures le mardi, à ne manquer sous aucun prétexte !
Soyons francs. Le plaid et la pause goûter pendant le passage à l’oral d’un supplicié, les derniers arrivés 10 minutes avant la fin dans un grincement de portes et de chaises, ne sont en rien une spécificité de la fac. Partir un quart d’heure avant la fin du cours pour avoir une place de premier choix dans la file d’attente pour le « panini au saumon délicieusement aromatisé à l’estragon, oh non soyons fous, chèvre sur son lit de verdure aujourd’hui », c’est un classique de Sciences Po après tout.
   D’ailleurs, à écouter les Sorbonnards, le SPIV serait paresseux. L’hôpital qui se moque de la charité ? Mythe ou réalité ? Passant pour un travailleur invétéré à Sciences Po, qu’en est-il en réalité ? On dira ce qu’on veut, mais il n’empêche que les bicursus à la bibliothèque de la Sorbonne sont plus repérables qu’un ordinateur Asus à Sciences Po (parole d’habituée !). Secte beaucoup moins secrète que la franc-maçonnerie, plutôt pratique pour ne pas manquer les membres en amphi, suivez juste la rangée de Macs pour les débusquer. (toute ressemblance avec une marque existante est purement fortuite). Parce qu’après tout, c’est bien connu, le SPIV est un envahisseur et se pose en maître du territoire conquis, la tête haute et un œil sur facebook (voire les deux). Prétentieux le SPIV ? Que nenni ! Petit être fragile et craintif, il se dit être en « double licence histoire-sciences humaines, c’est vraiment très intéressant ! » pour éviter les œillades noires de ses camarades sorbonnards. Stupides, les questions qu’il pose en TD, assidu ? Certes, on vous l’accorde, mais entre deux questions sur la paroisse de Saint-Firmin et l’origine ancestrale du nom Duchemin, avouez qu’il est plutôt attachant !
Tout compte fait, au milieu de ce joyeux bazar, une certitude subsiste. Qu’importe où vous soyez, Sciences Po ou Sorbonne, il y aura toujours un chat obèse dans le paysage.
Spivement vôtre,

Chloé de La Barre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *