L'Etat islamique : un retour de flamme ?

   « Abdul-Rahman was taken from us in an act of pure evil by a terrorist group that the world rightly associates with inhumanity. » Obama associe par là l’Etat islamique au mal absolu et se positionne ainsi dans la droite lignée des présidents américains qui réduisent souvent la géopolitique à une confrontation manichéenne du bien et du mal. L’Etat islamique est donc l’ennemi à combattre aujourd’hui, de même que l’ont été l’Iran, l’Irak et la Corée du Nord sous l’ère Bush et l’URSS du temps de Reagan. Cette diabolisation de l’EI cache une certaine hypocrisie de l’Occident. Il ne faut pas oublier que les Etats-Unis et leurs alliés européens ont eu un rôle non négligeable dans le développement de l’islamisme. Les Etats-Unis étaient par exemple l’un des plus grands soutiens des talibans dans leur lutte contre l’URSS. Mais plus récemment, l’aide démesurée qu’ont apportée les occidentaux aux rebelles syriens n’est pas sans lien avec le développement fulgurant de l’EI.

« L’occident est directement impliqué dans la création de l’Etat islamique. »

Il est inutile d’énumérer les nombreuses organisations terroristes dont l’Occident a permis le développement pour des causes historiques multiples : nous nous intéresserons donc au seul cas de l’Etat islamique. C’est en 2006, profitant du chaos qui a suivi le renversement de Saddam Hussein que différents groupes djihadistes se sont regroupés pour former l’Etat islamique en Irak. L’intervention américaine en Irak en 2003 n’est donc pas sans rapport avec la création du mouvement. Mais ce sont la guerre civile syrienne et l’affaiblissement du pouvoir central de Bachar El- Assad qui permettent le renforcement de l’Etat islamique en Irak. A ces deux phénomènes, les pays européens et les États-Unis ne sont pas étrangers. En effet, dès le départ, les manifestants ont bénéficié du soutien tant financier que médiatique de l’Occident et ont rapidement pu bénéficier d’un soutien militaire, sauf que les groupes ayant décidé de prendre les armes n’étaient majoritairement plus les manifestants pacifiques du début mais des groupes djihadistes. C’est ainsi qu’en mars 2013 Laurent Fabius, ministre des Affaires Étrangères, déclare que « la France est une nation souveraine » et n’a par conséquent pas besoin de l’aval de l’UE pour livrer des armes. C’est à peine un mois plus tard – en avril 2013 – qu’Al-Baghdadi déclare que le Front al-Nosra, un des principaux groupes djihadistes opposés au régime syrien fusionne avec l’Etat islamique en Irak pour donner naissance au tristement célèbre Etat Islamique en Irak et au Levant (EIIL).

   L’Occident est donc directement impliqué dans la création de l’EI, néanmoins sa toute-puissance médiatique lui permet d’être à l’abri des critiques. Pour exemple, les critiques contre le gouvernement syrien étaient bien plus virulentes dès le début des manifestations en 2011 que celles contre les gouvernements de Bahreïn et d’Arabie Saoudite la même année, qui pourtant réprimaient eux aussi les manifestants. Il faut bien sûr faire abstraction du fait que l’Arabie saoudite est un pays aux lois bien plus strictes que la Syrie : à titre d’exemple, la liberté de religion a existé en Syrie, alors que toute religion différente de l’islam est formellement interdite en Arabie Saoudite. De même pour ce qui concerne la condition précaire de la femme : alors qu’elles peuvent voter et se déplacer librement en Syrie, les femmes n’ont même pas le droit de conduire au pays des Saoud,. Nous n’énumérerons pas l’ensemble des pratiques saoudiennes contrevenant à la Déclaration des Droits de l’Homme de 1948- la liste serait beaucoup trop longue. Ce qui nous intéresse, c’est que les pays du Golfe qui pratiquent et soutiennent l’islam radical sont souvent les alliés de l’Occident. Cela nous amène au mode de financement de l’EI, dont les fonds proviennent en grande partie, comme la plupart des groupes djihadistes, de ceux du Golfe. Personne ne s’étonne pourtant de voir les investissements colossaux faits par l’Arabie Saoudite, le Qatar ou encore les Émirats en France alors qu’un officier de la DGSE, Alain Chouet, déclare (propos recueillis par Jean Comte pour La Croix, NDLR) : « Il est clair que l’Arabie saoudite, puis le Qatar l’ont financé [EIIL] ». L’officier explique néanmoins que les financements « passaient la plupart du temps par des donations privées, des ONG islamiques ou le budget des services spéciaux ». Aucun Etat ne peut ainsi être mis en cause, même lorsqu’il apparaît avec évidence qu’une grande partie de l’argent du pétrole est converti en djihad.

« Les pays du Golfe qui pratiquent et soutiennent l’islam radical sont les alliés de l’Occident. »

L’Occident doit prendre conscience qu’il est en train de jouer avec le feu. A chaque fois qu’un otage occidental est tué les médias décrivent l’horreur et la barbarie dont fait preuve l’EI, mais peu de fois ces mêmes médias soulignent les sources de cette même barbarie. L’Occident doit arrêter de défendre les pétromonarchies du golfe qui financent directement l’EI. Les incohérences doivent cesser -on préfère sanctionner la Russie à qui la Crimée a fait le choix par le vote de s’attacher plutôt que de sanctionner les Etats finançant le djihad. De même, on choisit ces mêmes Etats pour participer à la coalition contre l’EI, ce que l’on refuse à l’Iran qui a pourtant combattu dès le départ le mouvement djihadiste. L’Occident veut-il réellement se débarrasser de l’EI? C’est difficile à croire étant donné les agissements des différents gouvernements. Une preuve de cet aveuglement de l’Occident face à la situation catastrophique du Moyen- Orient est l’intervention de Jean-Pierre Filiu dans un article récent de la RFI (voir http://www.rfi.fr/moyen-orient/ 20141126-syrie-bachar-el-assad-raqqa-alep-diplomatie- action-politique). Il soutient que « Daesh et le régime Assad s’entendent parfaitement » expliquant que « l’horreur continuera tant que Bachar el-Assad sera au pouvoir». C’est vrai que si on abat un des derniers gouvernements qui luttent contre l’EI, le groupe djihadiste disparaîtra par miracle. Cette analyse est d’une logique à toute épreuve.

Archad Jahangir

0 thoughts on “L'Etat islamique : un retour de flamme ?

  1. Archad
    While I agree with your well reasoned argument in the main (yes the 2003 US invasion of Iraq was a contributor to the rise of ISIS, and yes Saudi Arabia commits numerous human rights abuses – even if they don’t stoke terrorism elsehere in the world as Ashad used to do, etc.) you fail to balance your argument by pointing out that Ashad was in fact the biggest contributor to ISIS’s rise given his violent suppression of peaceful demonstrators at the beginning of the Syria troubles. And what about Iran’s role in causing the Shia dominated government in Iraq to sideline and humiliate the Sunni population in Iraq? In my opinion the Ashad regime and Iran’s role in Iraq contributed far more to the rise in ISIS than the west did, even if the west do not escape blame I agree.
    Philip

  2. Hello,
    In my opinion islamic state is very bad because they kill peeple, but usa is very good country with cities like los angeles and new york but in syria there is only war.
    United States is the best country of the world and it should kill those terrosits like islamic states and ben laden which cause bad things in the region which is laready in war. Islamic state was not created by usa but by ben laden because he is very bad but clever.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Begin typing your search term above and press enter to search. Press ESC to cancel.