Abu Dhabi vs le choc des civilisations

Sorbonne Abu Dhabi
Sorbonne Abu Dhabi

   La Sorbonne d’Abu Dhabi met en déroute la théorie de Samuel Huntington et son choc des civilisations. Vous êtes un adepte de la pensée selon laquelle la religion est aujourd’hui un facteur de déchirement entre les hommes ? Vous êtes pardonnés car la plupart des événements passés et récents vont dans ce sens. Cependant, il existe encore des microcosmes dans lesquels religions et tolérance se mêlent : la Sorbonne d’Abu Dhabi en est la preuve. Un système laïc français, exporté dans un pays musulman, où se côtoient une multitude de cultures dans une parfaite harmonie.

« Reem Island est un mélange de cultures : plus de soixante-dix nationalités différentes, avec chacune ses propres particularités. »

   En Mars 2006, l’université Paris- Sorbonne ouvrait ses portes à Abu Dhabi, sur l’île artificielle de Reem, grâce au financement du prince héritier de la ville et du ministre de l’éducation du pays. « Créer un pont entre les cultures » était le fer de lance de ce projet ambitieux : exporter la Sorbonne et son système d’enseignement francophone dans un pays arabe. Pour celui qui a grandi en France et qui a la possibilité d’étudier à la Sorbonne d’Abu Dhabi, le changement d’environnement inquiète. Comment concilier une culture arabe fortement influencée par l’Islam et son opposé, la culture européenne ?
Ayant moi-même eu l’opportunité d’y étudier durant un semestre, lors de ma troisième année de licence d’histoire, cette crainte a été rapidement dissipée. La réalité s’est en effet avérée être toute autre que ce que l’on imagine. Reem Island est un mélange de cultures : se côtoient à la Sorbonne plus de soixante-dix nationalités différentes, avec chacune ses propres particularités, de même que les différentes religions présentes dans le pays. On pouvait ainsi voir, aux heures de repas, différentes personnes qui semblaient n’avoir, à première vue, rien en commun, discuter ensemble. De jeunes femmes en tenue locale ( l’abaya, une longue robe noire ) mangeaient avec de jeunes français habillés à l’européenne. Moi-même, la croix au cou, attendait que mes amies musulmanes sortent de la salle de prière afin de commencer à déjeuner.

   A une échelle plus réduite, ma classe était parfaitement représentative de cette diversité qui fait la fierté de la Sorbonne mais aussi et surtout celle du pays tout entier. On y trouvait en effet pas moins de huit nationalités différentes pour seulement dix élèves : Algérienne, Brésilienne, Bulgare, Colombienne, Emirati, Française, Palestinienne et Syrienne. Tous y coexistaient harmonieusement dans un climat d’entraide, de solidarité, et de tolérance, le chrétien participant aux fêtes musulmanes comme celle de l’Aïd et le musulman participant aux fêtes chrétiennes comme la fête de Noël.

   La Sorbonne d’Abu Dhabi constitue donc une lueur d’espoir dans une atmosphère de tensions religieuses généralisées, un véritable pont entre les civilisations et les cultures qui redonne l’espoir de jours meilleurs.

Roxane Redureau

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